Le gouvernement a récemment annoncé la mise en place d’un « grand (sic) plan d’action contre le décrochage scolaire », à la hauteur de 50 millions d’euros. Après les annonces dogmatiques du Président Hollande lors de sa dernière allocution télévisée, il n’en fallait pas plus pour réaliser l’impensable : en une séquence d’une petite semaine, l’exécutif a montré qu’il ne considérait plus l’éducation et la jeunesse comme une priorité.

Les choses étaient scellées depuis bien longtemps. Embourbé dans sa réforme des rythmes scolaires, Vincent Peillon, dont l’expertise était à la hauteur de la déception du corps enseignant à son égard, fut contraint de démissionner, faisant les frais des mauvais résultats aux élections municipales. Il fut immédiatement remplacé par Benoît Hamon, proche de l’aile gauche du PS et présenté comme tel lors de sa nomination, tous les observateurs ayant ainsi compris qu’il s’agissait avant tout d’une manœuvre destinée à faire passer la pilule ‘Valls’ aux frondeurs. Le ministère de l’éducation nationale et ses enjeux cruciaux pour l’avenir de notre pays, son poids politique et son importante n’était mis à contribution que pour donner du corps à un casting politique : la boite de pandore était ouverte. Dès lors, il n’est pas surprenant de voir l’éphémère ministre remplacé par quelqu’un qui, au lieu d’être mis en avant pour sa compétence, son expérience ou ses réseaux éventuels, fut présentée comme une figure de proue de l’égalité et de l’intégration à la française.

A l’heure où notre système éducatif a plus que jamais besoin de personnes compétentes pour redresser la barre, les JFD_UDI regrettent que le gouvernement soit devenu insensible au sort de centaines de milliers d’élèves en situation difficile, préférant administrer les affaires courantes plutôt que de mener des réformes ambitieuses et structurelles.

NON, le grand plan du numérique à l’école prôné par François Hollande n’améliorera pas la situation. L’introduction purement dogmatique du concept d’une tablette tactile par élève est une aberration pédagogique (en plus d’être une gabegie), qui ne résoudra en rien les problèmes actuels de l’échec scolaire. Pire, il conduira à un usage probablement superficiel et inadapté, surtout quand on sait que le gouvernement veut dans le même temps introduire des cours de programmation dans les écoles : programmer avec une tablette est une aberration qui reviendrait à couper de la viande avec une cuillère à café ! C’est pour ces raisons que l’usage pédagogique de la tablette est en recul aux États-Unis et que les principaux cadres des entreprises produisant ces mêmes outils scolarisent leurs enfants dans des écoles bannissant ces technologies…

NON, la quasi-fin du redoublement à l’école ne résoudra rien, voire pire encore aggravera le problème. Contrairement à l’idée commune, le redoublement n’est plus du tout une sanction subie par l’élève mais plutôt une récompense pour ceux qui sont bien souvent demandeurs et sur la tangente, n’ayant pas totalement décroché. Dans les établissements difficiles, il n’est pas rare de voir la plupart des élèves en dessous de 8/20 passer dans la classe suivante par cynique commodité, tandis que les élèves entre 8 et 10 choisissent de demander un redoublement. Même si le redoublement est fondamentalement le signe d’un système scolaire en échec, il constitue l’une des rares rustines à un système qui broie avec douceur les élèves en difficultés et ne leur offre aucune chance de rebondir au sein d’une scolarité générale.

NON, un plan de 50 millions d’euros pour « la formation des enseignants et des parents » n’est pas à la hauteur des enjeux. Si l’on considère uniquement l’effectif des enseignants, une telle enveloppe ne représente environ que 5€ par enseignant et par mois, somme largement insuffisante par rapport à l’enjeu. Bien sûr, le gouvernement ne peut guère faire plus, lui qui n’a pas le courage de réaliser d’importantes économies pour financer un plan de plus grande ampleur.

De l’argent, il y en a pour des réformes purement cosmétiques mais on en trouve beaucoup moins pour les enseignants intervenant dans des conditions difficiles, comme en Seine-Saint-Denis où une grève massive a éclaté la semaine dernière. Certains témoignages, même isolés, sont accablants :

 

Les JFD mettent en garde le gouvernement contre la désinvolture qu’il exprime à l’égard des enseignants et des élèves. Des professeurs qui ne sont pas écoutés, ce sont des professeurs qui lâchent prise sur le terrain face à un système qui semble totalement insensible au désastre qui court. La situation catastrophique de notre système éducatif a d’ailleurs de graves ramifications dans la situation actuelle, que ce soit dans le chômage de masse chez les jeunes ou bien dans l’embrigadement d’une partie de la jeunesse vers des idées extrémistes voire anti-républicaines.

L’École de la République, si elle est bien une expression inlassablement servie et resservie sur les plateaux télévisés, n’est plus d’actualité depuis bien longtemps dans notre pays.

Pour contribuer à ce que cette expression retrouve du sens, les JFD_UDI publieront prochainement un très large panel de propositions qui repenseront non seulement l’école mais aussi le regard de la société sur l’éducation de ses enfants. Par cette démarche, nous souhaitons interpeller les français sur la nécessité impérieuse de revoir totalement notre rapport à l’enfant, à l’école et à la famille, et de réécrire en profondeur les missions fondamentales de l’école dans notre République.

Les JFD_UDI tenant à être force de propositions, nous tenons à adosser à ce communiqué une série de propositions destinées à enrichir le débat sur les sujets que nous avons évoqué.

Sur la question du numérique à l’école, nous appelons le gouvernement à modifier en profondeur les programmes en collège afin de décloisonner les enseignements. Cela devrait permettre aux équipes pédagogiques de mettre en place des projets inter-disciplinaires d’envergure qui justifieront davantage l’usage d’Internet en opposition à des recherches ponctuelles sur des sujets trop restreints ou sur des temps insuffisamment longs pour permettre à l’élève de produire un contenu suffisamment pertinent pour être valorisé. Nous proposons en outre, dans un premier temps, de remplacer une grande partie du contenu de l’enseignement de Technologie (étendu au lycée) par une introduction à des cours de codage en BASIC puis en HTML/PHP/CSS dans un premier temps, et en C++ dans un second temps. Le codage est désormais essentiel à maîtriser dans beaucoup de métiers et sa généralisation pourrait augmenter considérablement la productivité de notre économie, mais aussi de notre fonction publique et apporter davantage d’intérêt pour les entreprises à investir en France. De plus, la programmation fait intrinsèquement appel à la logique ainsi qu’aux outils mathématiques, ce qui permettrait à un tel enseignement de venir en complément pédagogique – et ludique – à l’enseignement des mathématiques. Nous proposons en outre de mettre en place des enseignements ponctuels sur le bon usage d’Internet et sur la recherche de ressources en ligne.

Sur la question des tablettes, nous proposons de lancer un débat autour de la suppression des manuels scolaires papiers et de l’utilisation de ressources numériques produites par les enseignants. L’offre est abondante et l’État pourrait réaliser des économies considérables en les centralisant davantage pour qu’elles soient utilisées de manière plus systématique. Les enseignants n’auraient plus à composer leurs cours eux-même, ex nihilo, ce qui ferait gagner du temps qui pourrait être consacré à autre chose. Nous proposons en outre d’élargir le nombre de postes ouverts à l’agrégation sur liste d’aptitude et de permettre à tous les enseignants qui publient activement des ressources sur internet régulièrement actualisées de bénéficier de cette promotion en interne.

Sur la question de la formation des professeurs, nous proposons de revoir totalement les concours d’accès aux professions enseignement afin de donner plus de corps à la formation continue tout en ouvrant davantage l’accès à la profession aux non-titulaires des concours ou à ceux qui n’auraient pas bénéficié d’une formation en parcours enseignement (ingénieurs, docteurs…). Nous proposons également une réforme des statuts des enseignants afin de dégager du temps pour la formation, avec une exigence non seulement de présence des enseignants, mais aussi de qualité et de pertinence de ladite formation. La formation aux méthodes pédagogiques et à la psychologie de l’enfant doivent être au cœur de ces nouveaux parcours.

Enfin, sur la question de redoublement, et plus généralement de l’échec scolaire, nous souhaitons encore une fois rappeler notre proposition de mettre fin au collège unique afin d’identifier plus facilement les difficultés scolaires et de proposer des enseignements adaptés à des publics différents, que ce soit en terme de contenu qu’en terme de méthode. Il ne s’agit pas de trier les élèves de manière trop précoce mais plutôt de placer chaque élève dans les meilleures conditions pour qu’il soit réceptif à une vraie école de la République qui soit exigeante en termes de travail et de discipline. Proposer des parcours plus personnalisés constituerait une véritable chance pour les élèves de bien acquérir et de maîtriser les connaissances nécessaires. Toutefois, nous soulignons que la mise en place de parcours individualisés au collège via des filières spécialisées ne peut être légitime QUE si des passerelles soient proposées aux élèves pour leur permettre une éventuelle réorientation. Nous sommes convaincus que la majorité des problèmes scolaires peuvent être traités par des techniques pédagogiques alternatives sans pour autant abandonner l’exigence de travail et d’investissement.

Nous proposons également de lancer un débat autour de l’internat en France et souhaitons proposer un grand plan pour augmenter considérablement les places ouvertes, diminuer leur coût pour les familles et de permettre une meilleure imbrication avec le temps scolaire. Nous insistons sur l’importance d’avoir le soir, pour l’élève, un cadre et un espace afin de développer son autonomie dans le travail personnel mais également la possibilité de s’ouvrir aux autres par le travail en groupes, afin de ne pas rester enfermé dans une société qui sanctionne de plus en plus l’isolement.

L’école demande des solutions ambitieuses qui dépassent largement le cadre du ministère de l’Éducation Nationale. Les JFD_UDI mettront en avant, dans notre prochain dossier, une profonde réflexion sur notre société, sur la place de l’école et de la famille dans celle-ci, et nous appelons le gouvernement à cesser d’esquiver le sujet. Notre pays doit avoir enfin le courage de proposer des solutions qui ne séduiront pas forcément tout le monde mais qui serviront l’intérêt de la France et l’avenir de nos enfants qui grandiront dans un monde de plus en plus ouvert aux savoirs, et qui ne laissera que bien peu de places aux personnes pas assez qualifiées.

 

Pole projet
Jeunes Forces Démocrates – UDI