Dans un contexte déjà tendu au sein de la communauté éducative avec une réforme des rythmes scolaires contestable et les résultats toujours plus accablants pour la France dans le classement PISA1 (Programme for International Student Assessment), le Premier Ministre Manuel VALLS a fait paraître mercredi 20 mai au Journal officiel le décret ainsi que l’arrêté portant sur la réforme du collège défendue par sa ministre de l’Éducation Nationale, Mme Najat VALLAUD-BELKACEM.

Les Jeunes Forces Démocrates, tendance démocrate-sociale l’UDI, dénoncent tout d’abord ce déni de démocratie de la part du gouvernement, mais aussi le terrible manque d’ambition de cette réforme. En effet, nous avons la conviction que ce projet est tout simplement hors-sujet. Les solutions proposées par le gouvernement ne corrigeront en rien les problèmes déjà constatés dans le passé concernant la maîtrise des savoirs fondamentaux, l’enseignement archaïque des Sciences ou encore la réduction significative du poids des langues dans l’enseignement. Enfin, aucune amélioration pour la formation des professeurs n’est proposée, alors que la Cour des Comptes a récemment sensibilisé le gouvernement sur ce point précis.

Premièrement, les JFD dénoncent la nouvelle conception de l’enseignement que souhaite opérer le gouvernement au Collège en mettant progressivement en place une logique dite « constructiviste ». Il s’agirait de permettre à l’élève « placé au centre de l’école » de « construire par lui-même son savoir », et ce au détriment de l’assimilation de connaissances et de compétences. C’est tout l’objectif de l’introduction par la ministre des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) qui sont censés être en rupture avec les « cours magistraux » et offrir à l’élève la capacité de travailler en autonomie. Pourtant, de nombreux pays ayant adopté dans leur système éducatif cette logique, tels que le Canada ou la Suède, s’interrogent de plus en plus sur la pertinence de leurs méthodes, interrogations confortées par certaines enquêtes internationales. Il aurait donc été judicieux pour le gouvernement, a minima, de s’intéresser davantage à la conception des EPI, soit en reportant ce volet de la réforme, soit en sécurisant leur mise en place par la création d’un dispositif de formation des professeurs exceptionnel, et ce afin que les projets qui menés par l’intermédiaire de ce nouveau dispositif puissent réellement apporter des connaissances concrètes aux élèves. Dans l’état actuel des choses, les JFD-UDI s’opposent donc fermement à la mise en place des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires.

Deuxièmement, les JFD se montrent particulièrement réservés vis à vis des grands axes de la « révolution numérique » tracés par l’exécutif. En effet, des études récentes semblent démontrer la nocivité de l’introduction des tablettes à l’école. Les principaux arguments avancés dans ces études évoquent le problème du côté virtuel des tablettes, qui empêche les élèves de mettre à contribution leur mémoire visuelle et gestuelle ; de même, les artifices visuels du numérique brouillent le message lors de l’assimilation de connaissances. Par ailleurs, la mise en place d’enseignements des « TICE » (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) dans la réforme proposée par le gouvernement, avec l’introduction d’éléments de « programmation » dans certaines matières comme les Mathématiques et les Sciences de la Vie et de la Terre ne repose sur aucune base viable. En effet, il n’y a aucune mise en situation pertinente au collège pour ce genre d’exercices et l’étude concrète d’un langage de programmation n’est pas prévue. A la place, la mise au point d’algorithmes dans un langage sans aucune application en dehors des écoles reposera sur un enseignement totalement artificiel.

Enfin, les JFD s’opposent fermement aux projets du gouvernement sur les futurs programmes d’enseignement. Ces derniers comptent supprimer l’annualisation des programmes scolaires au Collège, en prévoyant notamment des cycles sur plusieurs années. Avec l’introduction de ces cycles, le redoublement devient donc presque impossible à mettre en place. Le projet de réforme prévoit également la suppression des enseignements dits « élitistes ». En ligne de mire : le latin, le grec et les sections européennes. Ce projet a déclenché une levée de boucliers mais la ministre a fait la sourde oreille. Pour tenter d’éteindre l’incendie, le latin et le grec seront proposés dans les EPI, mais l’expérience a montré que ce mode opératoire allait conduire in fine à la disparition de ces enseignements sur le territoire scolaire. Dans l’état actuel des choses, les nouveaux programmes en projet semblent considérablement attaquer les connaissances: encore moins de notions seront abordées au Collège, ce qui suit une tendance dramatique ces dernières années. A la place, le projet prévoit de davantage « sensibiliser les élèves aux usages du numérique, à la compréhension des médias et au développement durable » (sic).

Les Jeunes Forces Démocrates adressent ici leurs réserves les plus grandes sur le projet mené par Mme Najat Vallaud-Belkacem. Le Savoir est le meilleur rempart face à l’obscurantisme. Avec la réforme prévue, la tendance vers moins de savoirs à l’école devrait se confirmer et alimenter encore plus les fractures françaises. Pour cela, nous proposons une contre-réforme de l’enseignement qui s’attaquerait de manière globale aux problèmes de l’enseignement français, allant de l’enseignement en primaire à l’enseignement supérieur tout en revalorisant la formation et les conditions de travail du corps enseignant.

– Enseignement primaire :

Le constat aujourd’hui est unanime, de nombreux élèves entrent au collège avec des difficultés dans l’écriture, la lecture et le calcul. Le problème n’est pas nouveau mais connaît une aggravation spectaculaire durant la dernière décennie. Pour remettre notre système éducatif sur les rails, on ne peut faire l’impasse sur l’école primaire. Les  professeurs des écoles doivent être davantage rémunérés, mais aussi respectés par la hiérarchie et les parents. De plus, l’enseignement en primaire doit être prioritairement axé sur la maitrise de l’écriture, de la lecture et du calcul. Les enfants en difficulté bénéficieraient systématiquement d’un accompagnement personnalisé et des dispositifs de soutien et d’aide aux devoirs.

Pour découvrir l’intégralité de nos propositions, notre dossier est en ligne ici

– Collège :

Il est important aujourd’hui de revenir sur les trois missions fondamentales du collège, à savoir consolider définitivement les acquis fondamentaux de primaire (lire, écrire, compter), permettre de préparer des élèves demandeurs au monde professionnel ou à l’enseignement secondaire et enfin, assurer à chacun un Socle Commun de Connaissances et de Compétences.

Pour cela, il est fondamental de revoir les techniques pédagogiques, celles-ci devant être recentrées autour de l’assimilation de connaissances afin que tout élève puisse acquérir des bases fondamentales lors de la poursuite de ses études et pour son développement personnel. Ainsi, nous proposons d’articuler la formation au collège autour d’un socle commun Histoire-géographie, Français, Mathématiques et Sciences. Des cours d’éveil et des enseignements interdisciplinaires viendraient compléter l’assimilation des connaissances de manière transversale tout et en valorisant certaines disciplines tombées en désuétude telles que la Musique, la Technologie ou les Arts Plastiques. Point important, cette nouvelle articulation de la formation allègerait significativement le volume horaire dédié à chaque matière.

– Lycée :

Le Lycée est à la fois un lieu d’assimilation de connaissances, dans la mesure où il garantit la maîtrise d’un corpus général de connaissances et mobilise les facultés intellectuelles des élèves, mais également un lieu de transition vers l’enseignement supérieur et le monde professionnel, ainsi se doit-il de préparer les élèves au post-Bac.

Pour cela, une spécialisation de la formation des élèves dès la classe de seconde vers une orientation Scientifique, Littéraire, Économique et Sociale ainsi qu’une quatrième filière « Technologie » semble pertinente. En parallèle les passerelles entre filières seraient facilitées afin d’assurer une réversibilité dans le choix des élèves. Enfin, l’ajout d’enseignements d’exploration (géopolitique, biologie etc.) dès la terminale permettrait d’éveiller l’intérêt des élèves pour certaines matières et les prépareraient également à l’enseignement supérieur. Concernant l’organisation des cours, nous souhaitons inciter les enseignants et élèves à développer des méthodes de travail plus efficaces au travers de travaux en groupes. Ces travaux en groupes assureraient ainsi une plus grande autonomie de travail pour les élèves. Enfin, le remodelage des horaires au lycée pour intégrer au mieux les nouveaux enseignements d’orientation et d’exploration serait impératif. Ce remodelage serait accompagné de la possibilité d’avoir des cours le mercredi après-midi au lycée.

– Enseignement supérieur :

Au niveau du BTS et des IUT, il convient d’assurer aux étudiants une meilleure insertion dans le monde du travail ou dans la poursuite de leurs études. Cela passerait par une plus grande autonomie des BTS et IUT mais aussi par une plus grande allocation de leurs moyens financiers. Pour les Universités, l’autonomie et le travail personnel des étudiants doivent être favorisés. Cela se traduirait par une plus grande demande en travaux de groupes et personnels à la place du contrôle continu.

Il est aujourd’hui primordial de venir en aide à celles ou ceux ayant quitté précocement notre système éducatif. Ainsi, ce dernier doit permettre de prendre en charge ces personnes souhaitant reprendre des études afin de leur ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles. De nouvelles structures de formation de type « cours du soir » devraient être instaurées en vue de préparer un Baccalauréat et ce en plus des GRETA actuels. Une Allocation de Solidarité Formation pourrait être également instaurée pour donner la possibilité à certains travailleurs ayant arrêté leurs études précocement de travailler tout en suivant une formation en alternance.

– Corps enseignant :

La formation initiale d’un enseignant ne comporte aujourd’hui presque uniquement des enseignements didactiques (histoire-géographie, français etc.). Notre objectif ici est d’assurer une plus grande place aux enseignements portant sur la connaissance  cognitive et motrice de l’élève et, dans le même temps, de mieux préparer les enseignants apprenants et titulaires à l’enseignement en classe.

La formation initiale et continue devront ainsi s’axer autour d’enseignements de thématiques transversaux tels que la gestion de classe, la communication bienveillante ou pédagogie différenciée. La formation continue du corps enseignant sera elle organisée de manière plus régulière. Diversifier les voies d’accès aux métiers de l’enseignement entre une voie universitaire et une voie par concours serait également pertinent afin d’attirer de nouveaux profils.

L’amélioration des conditions de travail du corps enseignant est une de nos priorités. Celle-ci passerait par la réaffirmation de l’autorité et du rôle de l’enseignant en classes par la mise en place de partenariats entre enseignants et éducateurs spécialisés dans certaines zones territoriales exigeantes ou encore par l’échelonnement du temps de travail des enseignants en fonction de leur établissement. L’agrégation interne serait remodelée pour récompenser les enseignants méritants et les salaires revalorisés progressivement.

L’intégralité de notre dossier est disponible ici

Maxime Cruzel,

Pôle projet des Jeunes Forces Démocrates

———————–

1 : Annexe :

Tableau : Évolution du classement PISA de la France

Mathématiques Sciences Lecture
2000 11 13 15
2003 16 13 13
2006 23 25 23
2009 22 27 22
2012 25 26 21

 

2 : Les grands items prévus pour les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires :

  1. a)      Corps, santé, bien être et sécurité
  2. b)      Culture et création artistiques
  3. c)       Transition écologique et développement durable
  4. d)      Information, communication, citoyenneté
  5. e)      Langues et cultures de l’Antiquité
  6. f)       Langues et cultures étrangères ou, le cas échéant, régionales
  7. g)      Monde économique et professionnel
  8. h)      Sciences, technologie et société.