Les JFD proposent des changements pour les filières professionnelles et technologiques  (3)

Voir aussi notre premier article, présentant les grandes orientations de notre révolution de l’enseignement secondaire et supérieur

#IdéesJFD                                                           A retenir, nos propositions     

Nos propositions pour donner une nouvelle image:

  • Conduire, dans la durée (au moins 5 ans), un plan national et cohérent de promotion et de valorisation des métiers des filières technologies et professionnelles, ainsi que de l’industrie.
  • Mieux vanter les métiers préparés, les évolutions professionnelles possibles, les méthodes pédagogiques, l’approche par les travaux pratiques.
  • Modifier en profondeur les cours de technologies dispensés au collège, les remplacer par  des cours d’informatique ainsi que par de nombreuses visites d’entreprise et des interventions d’entrepreneurs, pour montrer ce que sont vraiment ces métiers. Inclure des créneaux ouverts aux parents qui souhaitent participer.
  • Programmer des rencontres élèves entreprises régulières au sein de chaque établissement
  • Mettre en place d’un parcours d’initiation et de formation à l’entrepreneuriat au lycée et dans toutes les filières (intervention d’entrepreneurs, projets de groupe, structures d’encadrement, d’aide et de financement pour les étudiants qui souhaitent se lancer…)
  • Créer des parcours professionnels dès la quatrième afin de permettre aux élèves en décrochage scolaire de retrouver le goût de l’effort et du travail pour quelque chose de concret.
  • Créer des filières d’ouvrier artisan d’excellence avec une possibilité d’internat et de bourses supplémentaires pour les élèves les plus modestes.
  • Réserver un plus grand nombre de places dans les IUT pour les jeunes issus des filières professionnelles et technologiques

Nos propositions pour mieux intégrer l’entreprise dans les formations:

  • Le contenu des différentes spécialités et séries technologiques, le nombre de places disponibles dans ces filières, devraient s’établir par le ministère de l’Education Nationale en collaboration avec des corps d’entreprises.
  • Accroitre l’autonomie des lycées professionnels, leur permettre de recruter facilement des experts venus du monde industriel et professionnel, inclure dans le conseil d’administration de ces lycées des entrepreneurs, cadres et techniciens en activité.
  • Systématiser l’alternance en cas d’échec scolaire. L’accompagnement des jeunes dans leur recherche de stage ou d’alternance en entreprise doit être renforcé.
  • Explorer la possibilité d’une année de césure après la troisième, associant un programme en alternance en entreprises (avec par exemple la possibilité de changer de ‘métier’ tous les quatre mois) et un accompagnement approfondi de l’élève durant cette année (par exemple avec des cours de remise à niveau ou de consolidation des acquis) avant de poursuivre dans une filière professionnelle, technologique ou générale.
  • Multiplier, si ce n’est rendre obligatoire, des échanges au niveau européen entre lycées technologiques et professionnels, étudiants en BTS. Créer un Erasmus technologique et professionnel et un Erasmus de l’apprentissage.

Nos propositions pour plus de flexibilité:

  • Rendre plus lisibles et mutliplier les passerelles entre la première générale et la première technologique ou professionnelle (et vice-versa).
  • Créer des classes préparatoires technologiques (sur le modèle des CPGE actuelles) permettant de passer en deux ans directement d’un Bac professionnel/technologique à un parcours de Master professionnel et/ou un diplôme d’ingénieur, au lieu de 4 ans en général.
  • Permettre aux jeunes travailleurs issus de ces filières et d’un Bac Pro, de pouvoir bénéficier facilement d’une formation universitaire, même après plusieurs années passées sur le marché du travail afin de leur offrir une seconde chance s’ils désirent reprendre leurs études : instaurer un système de bourse et d’aides aux logements pour ces étudiants, formations en alternance facilitée.
  • Revaloriser le BTS, ancienne filière d’excellence professionnelle, afin qu’il puisse mieux permettre des passerelles vers les Licences professionnelles
  • Instaurer des facilités pour les étudiants de Licence professionnelles venant d’un BTS voulant accéder à un Master professionnel (ces étudiants subissent bien trop souvent la concurrence des étudiants issus des licences générales).
  • Mettre en place des projets transversaux d’ampleur associant universités, IUT, écoles d’ingénieur et lycées professionels et technologiques sur une ou plusieurs années. On pourrait imaginer par exemple, la conception, réalisation et fabrication d’un avion. Un tel projet serait piloté par des étudiants du supérieur et du secondaire et  s’inscrirait dans leur cursus pédagogique (valorisation des matières, orientation des études vers un but précis, implication des élèves dans leur projet, etc) tout en permettant aux élèves (tant du secondaire que du supérieur) de mieux comprendre les métiers et les valeurs propres à chaque filière, et finalement d’estomper les idées reçues et les barrières entre ces filières.

Partons d’un constat simple.  En Autriche, la formation professionnelle jouit d’une grande popularité auprès des jeunes : près de 80 % des élèves d’une classe d’âge s’orientent vers cette voie, à l’issue de leur scolarité obligatoire. Comme en Allemagne, les filières sont fortement valorisées dans la société et chez les employeurs. En revanche, en France, ces mêmes filières sont dénigrées, dévalorisées. Les filières professionnelles, en alternance, ou en apprentissages sont stigmatisées, vues comme les filières secondaires vers lesquelles les jeunes sont souvent orientés par défaut, parfois par punition.

Comment imaginer dans ce cadre là pouvoir attirer des jeunes brillants vers ces parcours ? Comment rendre ces jeunes lycéens préparant un CAP ou un Bac pro, fiers et motivés par leurs études ? Combien de jeunes se morfondent en seconde générale parce qu’ils se retrouvent là, par peur de se fermer des portes, par injonction de leurs parents, par conseils appuyés de leurs enseignants ?

L’enjeu n’est même pas seulement celui de l’enseignement (ce qui serait en soit une raison suffisante), mais aussi économique ! Il y aurait en France plusieurs centaines de milliers d’emplois non pourvus malgré l’opiniâtreté de beaucoup de chefs d’entreprise. C’est-à-dire, des milliers d’entreprises qui doivent freiner leur développement faute de trouver le technicien spécialiste des soudures de précision, l’ouvrier hautement qualifié capable de réaliser une pièce technique, l’aide-soignant qui sait gérer des situations complexes, l’informaticien qui peut développer le bon logiciel. Ce sont autant de points de croissance en moins et de débouchés à l’exportation perdus pour ces petites et moyennes entreprises. BTP, informatique, aéronautique, domaine médical, métiers industriels de pointe : voilà les secteurs qui voudraient recruter, mais ne le peuvent pas. Les salaires ne sont pourtant pas faibles (le salaire médian d’un ouvrier qualifié est de 1 700€ net par mois) et souvent même très élevés pour les métiers les plus spécialisés.

Pourquoi donc un tel décalage entre la mauvaise image de l’enseignement professionnel, perçu même comme une ‘voie de garage’, et les nombreux postes à pourvoir, les entreprises qui peine à embaucher, les postes vacants aux salaires décents ? Les raisons sont multiples, à commencer par cette mauvaise image qui induit un cercle vicieux, mais aussi le manque de flexibilité et de passerelles et les liens encore trop faibles avec le monde de l’entreprise.

Les Jeunes Forces Démocrates-UDI considèrent que pour faire de ces filières une voie d’excellence, il n’est pas nécessaire de restructurer en profondeur l’enseignement professionnel tel qu’il existe en France, mais plutôt de changer son état d’esprit, et par voie de conséquence, celui de la société. Ce n’est peut-être pas le plus simple, mais sans doute le plus nécessaire.  

En effet, à y regarder de plus près, tout est déjà là. Les lycées professionnels dispensent une forme d’enseignement particulière dont l’objectif est avant tout de former au monde du travail. Ils permettent de passer à un CAP ou une deuxième année de CAP et ainsi d’entrer rapidement dans la vie active. Un Bac Pro en poche, il est possible de prolonger son cursus par des études supérieures. La filière technologique vise à une spécialisation plus forte et débouche sur la possibilité d’études supérieures courtes ou longues. On propose aux élèves huit séries technologiques qui, elles-mêmes, offrent un grand choix de spécialités. Enfin, il existe des possibilités dans l’alternance, où la formation s’effectue à moitié directement par une entreprise et à moitié par la dispense de cours généraux au sein de « centres de formation d’alternance » (CFA). Cette dernière solution est une porte d’entrée très large sur la vie active et facilite normalement l’obtention d’un emploi, aboutissement de tout parcours éducatif. Quel est donc le problème?

Un problème d’image

La peur, irrationnelle, de diriger leurs enfants vers des métiers perçus comme manuels qui seraient donc peu rémunérés, prédomine chez les parents, les conduisant à des orientations forcées de jeunes dans des parcours qui ne leurs plaisent, ou ne leur conviennent pas. On a beau montrer le taux probant d’insertion professionnelle de certaines filières, rien n’y change. Des jeunes qui auraient eu toute leur place dans ces voies professionnelles ou technologiques, qui pourraient réussir de brillantes études jusqu’à décrocher un Master, se perdent dans la filière générale. Réorienter est trop souvent vécu comme un échec, comme une sorte d’ostracisme. Enfin, la faute revient aussi à une société française qui jure avant tout par les diplômes, et non les compétences.

Un changement d’image s’impose donc à tout prix, même s’il prendra du temps et nécessitera d’investir des moyens pour expliquer et faire connaître le vrai visage de l’industrie, des métiers du service et d’aide à la personne. Il faut que la vie active charme pour ainsi dire ses futurs membres, leur montre la possibilité de gagner sa vie sans pour autant avoir fait de ‘nobles’ longues études. En même temps, tout peut se faire vite si la ‘mode’ se prend au goût de valoriser ces métiers. Ainsi, les émissions mettant en avant les chefs cuisinier ont réveillé de nombreuses vocations et contribuent  à repeupler les filières des métiers de restauration.

 

 Un problème d’intégration de l’entreprise dans l’enseignement scolaire

Les filières professionnelles actuelles restent fréquement trop scolaires. Elles demeurent dans le même esprit qui a souvent conduit des jeunes à se (ré) orienter. Il faut montrer que ces filières permettent d’apprendre différement, par la pratique et peuvent aider à se réconcilier avec l’école: une vraie solution pour des élèves dont les capacités sont bridées par des contenus et des méthodes trop théoriques ou classiques. Une des clefs du problème réside peut-être aussi dans la séparation encore trop étanche de l’école et du monde professionnel. Il faut impliquer les entreprises à tous les niveaux de la formation éducative de ces filières. Le système éducatif doit s’ouvrir réellement vers le monde des entreprises et le monde des métiers autres que professoraux, sans en avoir peur : impliquer les entreprises ne veut pas dire arrêter la formation mais l’accomplir autrement. Enfin, la formation en alternance doit être offerte le plus possible.

 

Un problème de manque de flexibilité

Idées reçues ou réalités, l’heure de l’orientation est bien trop dramatisée pour que le rationnel l’emporte. L’image du couperet de fin de collège qui approche incite bien trop souvent certains parents ou enfants à opter pour un choix d’orientation précipité et non-réflechi.  A l’issue de la troisième, plusieurs choix s’offrent à l’élève : poursuivre en seconde générale ou technologique en jonglant avec les options pour viser un bac particulier ou se diriger vers la voie professionnelle avec là  avec encore de nombreux choix possibles. A quinze ans, on n’a pas nécessairement la tête à cela et la complexité des choix dramatise encore plus une décision perçue par beaucoup comme irrémédiable.

Ces filières professionnelles et technologiques d’excellence doivent proposer une flexibilité très forte et de nombreuses passerelles,  pour réellement offrir des perspectives, reconnaître le droit à l’erreur, dédramatiser les choix d’orientation de 4ème et de 3ème, et ainsi redonner à chaque élève confiance dans ses choix.

 

Pole Réflexion
Jeunes Forces Démocrates