Georges Bidault est un personnage important du mouvement démocrate-social en France. Il est un des fondateurs du Mouvement Républcain Populaire, a été président du Conseil National de la Résistance, à la suite de Jean Moulin, puis plusieurs fois ministre et président du Conseil sous la IVème République.

Intellectuel puis militant (1916 – 1940)

Georges Bidault obtient son Baccalauréat en 1916 et est licencié d’histoire à la Sorbonne en 1918. Il sera reçu premier à l’agrégation d’histoire et géographie en 1925 et enseignera au lycée Louis-Le-Grand de 1931 à 1939. Il aura notamment comme élève Jean d’Ormesson qui soulignera son « éloquence froide » et son « originalité d’esprit ».

Après la Première Guerre Mondiale, il sera membre de l’Association catholique de la jeunesse française et en deviendra vice-président. Il trouvera dans cette association les bases de son engagement politique. Le grand combat de Georges Bidault dans les années 20 se fera contre Charles Maurras et l’Action française (mouvement politique nationaliste et monarchiste d’extrême droite) à travers de nombreux articles dans les Cahiers de la nouvelle journée parmi lequel « Charles Maurras : le déclin d’une influence » en 1930. Il adhère au Parti Démocrate Populaire (PDP) en 1931. En 1932, avec Francisque Gay, il fonde un quotidien L’Aube (diffusé à 13 000 exemplaires), dont il devient, en 1934 le rédacteur en chef. Ce journal a été un élément important de la diffusion de la pensée démocrate-chrétienne dans la période d’avant-guerre en France.

Dès 1932, Il s’intéresse notamment à la politique extérieure et va surtout dénoncer la montée du nazisme et du fascisme. Il mènera également en 1938 une ardente campagne contre les accords de Munich. Cces accords avaient pour but de terminer la crise des Sudètes mais scellent dans le même temps la mort de la Tchécoslovaquie comme État indépendant, permettant ainsi à Hitler d’annexer les régions peuplées d’Allemands de la Tchécoslovaquie. Durant ces années, il continuera à mener un féroce combat contre l’Action française et Charles Maurras. Ainsi, le 10 juin 1938, il s’élève contre l’élection de Charles Maurras à l’Académie française avec un article paru dans l’Aube et intitulé « Le provocateur au meurtre sous la Coupole » où il dénonce « le pouvoir de l’insulte sur la lâcheté ».

En avril 1936, il tente d’entrer dans la vie politique active et est candidat du PDP aux élections législatives, dans la circonscription de Domfront (Orne) contre le député sortant Georges Roulleaux-Dugage de la Fédération républicaine (grand parti de la droite républicaine libérale et conservatrice sous la IIIe République). Il est battu au Premier tour et obtient 25% des suffrages exprimés. A la fin de l’année 1938, avec Francisque Gay, il fonde un nouveau mouvement politique : les « Nouvelle équipes françaises ». Il s’agit d’un mouvement qui dépasse le PDP dont le but était une réémergence de la tendance démocrate chrétienne et catholique sociale dans la vie française ainsi qu’un nouveau dynamisme. Par les NEF c’est opéré une sorte de second rassemblement après celui réalisé autour du PDP en 1924.

13446388_455045097997754_57163803_oGeorges Bidault, Anthony Eden et John Foster Dulles

Le résistant (1940 – 1944)

Il est mobilisé en février 1940 comme sergent. Au début de l’offensive allemande, il demande à partir au front. Le 8 mai, il est fait prisonnier dans la région de Saint-Quentin. En sa qualité d’ancien combattant de la guerre de 1914, il est libéré en juillet 1941 et, pour ne pas demeurer en zone occupée, il obtient d’être nommé professeur au lycée du Parc à Lyon (dans la zone libre située au sud de la ligne de démarcation qui est sous l’autorité du gouvernement de Vichy dirigé par le maréchal Pétain).

Il entrera au mouvement de résistance « Combat » qui condamne l’armistice et la politique de Vichy et sera rédacteur en chef du journal clandestin Combat. Charles Maurras l’attaquera dans L’Action française. Il est révoqué de l’enseignement et entre dans la clandestinité. En avril 1942, il dirige à l’initiative de Jean Moulin le BIP (Bureau d’information et de presse) qui publie le Bulletin d’informations générales destiné aux mouvements et à Londres. Il représente les démocrates-chrétiens au Conseil national de la Résistance (CNR), constitué le 27 mai 1943. Les 16 représentants de mouvement de la Résistance voteront à l’unanimité une motion proposée par lui demandant notamment la création d’un gouvernement provisoire à Alger. En septembre 1943, suite à l’arrestation de Jean Moulin, il devient président du CNR et revient à Paris.

En attendant l’arrivée des Alliés, il contribue à préparer l’insurrection de la capitale. Le 24 août 1944, il prononce un appel à la population l’invitant à l’union et au courage. C’est lui qui reçoit à Paris le général de Gaulle. Le 26 août 1944, il sera aux côtés du général de Gaulle pour descendre les Champs-Elysées où la foule applaudit le chef de la France libre et le président du CNR. Il sera Compagnon de la Libération et Grand-croix de la Légion d’honneur.

13453554_455045651331032_1329135081_oGeorge Bidault (à gauche de la photo) avec de Gaulle

Le fondateur du MRP et l’homme politique (1944 – 1958)

Le 26 novembre 1944, il est l’un des fondateurs du MRP (Mouvement républicain populaire). Il en devient président d’honneur en 1952. Il se voulait le parti des résistants démocrates-chrétiens qui souhaitaient dépasser le clivage gauche-droite. Le 21 octobre 1945, Georges Bidault mène la liste du MRP pour les élections à la première Assemblée nationale Constituante dans le département de la Loire. Pour sept sièges à pourvoir, six listes sont en présence. Sur 382 485 électeurs inscrits et 298 134 suffrages exprimés, le M.R.P. avec 128 604 suffrages arrive largement en tête et emporte quatre sièges, suivi par le parti communiste qui, avec 88 900 suffrages, a deux élus, et la S.F.I.O. qui, avec 44 593 suffrages gagne le dernier siège. Il est élu député de la Loire et conserve ce mandat jusqu’en 1962.

De septembre 1944 à juin 1954, il participe à de nombreux gouvernements, souvent comme ministre des Affaires étrangères.

Il est par deux fois chef du gouvernement. Il sera chef du gouvernement provisoire du 23 juin au 8 novembre 1946 et président du Conseil du 28 octobre 1949 au 24 juin 1950. Il sera également vice-président du Conseil du 10 mars au 10 juillet 1951.

Il sera de nombreuses fois ministre des affaires étrangères sous la IVème République et aura eu un rôle important sous ces mandats. Il participera ainsi aux négociations de l’accord Franco-soviétique de juin 1944. Il sera également chef de la délégation française à la conférence de San Francisco  d’avril à juin 1945 et qui donnera naissance à l’ONU. De juin à octobre 1946, il préside la conférence de la paix qui se tient à Paris en présence de 21 pays. Il accueille favorablement le plan Marshall qui a pour but la reconstruction économique de l’Europe grâce à des prêts accordés par les Américains. Il est l’un des signataires du traité franco-britannique de Dunkerque en 1947 – réactivation de l’Entente cordiale franco-britannique.  Il est artisan du traité de Bruxelles qui regroupe sur le plan militaire la France, le Royaume-Uni et le Benelux. Il participe à la préparation du traité de l’Atlantique Nord qui entre en vigueur le 24 aout 1949. Il prépare avec Robert Schumann le traité de la CECA qui est le noyau de la construction européenne et qui sera signé le 18 avril 1951. Il sera président du conseil de l’Atlantique Nord en 1953 et 1954 et sera candidat à l’élection présidentielle de décembre 1953 dont il se retire après le deuxième tour et qui verra l’élection au treizième tour de René Coty. Il quitte le MRP en 1958.

Louis Mancheron

Délégué national à la Vie militante