Courant trop souvent méconnu du paysage politique français, la démocratie sociale a pourtant su marquer la seconde moitié du XXème siècle. Caractérisé par un fort attachement à la construction européenne, à la justice sociale, à la décentralisation et à un fonctionnement démocratique des institutions, ce courant s’est également vu incarné par de nombreux partis et représentants qui ont profondément influé sur la vie politique française. Aussi, de nombreux hommes et femmes d’État ont pu admirablement porter ces valeurs à travers leurs fonctions (Présidences d’institutions nationales et européennes, Ministères, Régions etc.). Une caractéristique supplémentaire de ce courant, est son aspiration constante à construire un centre large et rassembleur.

Aujourd’hui héritières de ce courant, les Jeunes Forces ambitionnent pleinement de perpétuer cet héritage.

Une singularité idéologique

Aux origines du courant démocrate-social se trouve la démocratie-chrétienne. Si cette filiation est assumée, en témoigne le Congrès de Metz du Centre des Démocrates Sociaux  en 1986, le courant démocrate social est pour autant bel et bien un mouvement laïque s’adressant à l’ensemble des Français : « Nous sommes des humanistes sociaux, sans avoir aucune référence religieuse, nous nous adressons à tous les Français qui ont le désir d’une véritable démocratie sociale, ni communiste ni marxiste, ni orientée vers l’extrême droite » – Jean Lecanuet (1). Cet héritage politique et historique s’exprime surtout à travers la philosophie personnaliste développée par Emmanuel Mounier à partir des années 1930. L’idée est alors de rechercher une troisième voie humaniste entre le libéralisme et le communisme. Le primat de la personne humaine et l’organisation fédérale de la société en sont les principales caractéristiques.

A la suite de la création du Centre Démocrate (CD), et des mouvements qui en feront suite, la démocratie sociale s’axe en priorité sur la défense d’un fonctionnement démocratique des institutions, par une attache forte à la justice sociale, à la construction européenne et à la décentralisation. La « plate-forme » proposée aux militants lors du Congrès de Rennes de 1976, qui voit la naissance du Centre des Démocrates Sociaux (CDS), successeur du CD, est alors basée sur la défense de trois idées: la justice, la liberté et la construction européenne.  En 1977, « L’autre solution » vient affiner ce socle doctrinal par l’ajout de nouvelles valeurs : l’humanisme, la solidarité, le progrès et la démocratie sont mis en avant. La vision fédéraliste de la société, la lutte contre les inégalités, le développement économique et social de la société par une économie sociale de marché sont également réaffirmés (2). Après le Congrès de Toulouse en 1984, le CDS s’engage sur neuf propositions : la limitation des dépenses publiques, l’allègement des contraintes administratives, la lutte contre la centralisation, l’allègement des contraintes administratives, la lutte contre les inégalités, le développement d’une politique familiale ambitieuse, la rénovation du système scolaire, la formation, et la promotion d’une Europe fédérale et démocratique. Au Congrès de Rouen de 1994, le CDS souhaite établir à une « nouvelle donne sociale et européenne ».  L’emploi, la cohésion sociale et la protection sociale sont les priorités du volet social, quant la promotion d’une Europe en tant que puissance politique, le renforcement des compétences européennes et l’Europe des hommes – entendre démocratique et populaire – définissent la nouvelle donne européenne. Avec la création de la Force Démocrate le 25 novembre 1995 à Lyon, une charte des valeurs est adoptée. Là encore, l’intégration européenne, la justice sociale, l’humanisme, l’économie sociale de marché et la décentralisation apparaissent comme les piliers centraux de l’identité démocrate sociale. Après la création de la Force Européenne Démocrate (FED) le 10 juillet 2012, une charte des valeurs a été adoptée à lors de la Convention nationale de Vincennes en avril 2013. Fidèles à l’identité démocrate sociale, les militants de la FED ont défini l’humanisme, le fédéralisme européen, la promotion de l’égalité des chances par l’éducation et le travail, la solidarité, la réduction de la dette et le développement durable comme points centraux de leur projet politique (3).

Une influence certaine sur le paysage politique français

Bien que trop méconnu par l’opinion, le courant des démocrates sociaux a non seulement su marquer la seconde moitié du XXème siècle par ses idées, mais aussi par ses partis. Représentée à l’origine par le Mouvement Républicain Populaire (1944-1966) la démocratie sociale se voit incarnée par le Centre Démocrate (1966-1976) à la suite des élections présidentielles de 1965. Ces élections avaient notamment été marquées par le résultat inattendu de Jean Lecanuet. Après avoir recueilli plus de 15% des voix, ce dernier avait alors mis en ballotage le Général de Gaulle. Ce ballotage fut la première tentative d’une troisième force centriste dans une République de plus en plus bipolaire. L’objectif du Centre Démocrate consistait alors au rassemblement des membres du MRP, des indépendants et des radicaux afin de contrebalancer l’influence des gaullistes et des socialistes.

Toujours dans l’optique de rassembler l’ensemble des forces d’inspiration démocrate-sociale, le Centre des Démocrates Sociaux (1976-1995) succède en 1976 au CD. Le mouvement disposera durant sa période d’activité d’une forte influence sur la scène politique française ; plusieurs ministères importants dans les gouvernements Chirac I (Justice, Qualité de la Vie), Barre I, II et III (Plan et aménagement du territoire, Agriculture, Industrie, Commerce, Économie et Finances, Santé et Sécurité sociale, Transports), Chirac II (Aménagement du Territoire et Transports, Éducation nationale), Rocard II (Commerce extérieur, Santé, Personnes âgées, Famille), Balladur (Justice, Économie et finances, Éducation nationale, Équipement et Transports), Juppé I et II (Éducation nationale, Enseignement supérieur, Recherche et Insertion, Travail, Culture, Économie et Finances, Réforme de l’État et Décentralisation). Le CDS est alors également représenté à la tête de grandes institutions, comme le Sénat, lorsqu’Alain Poher puis René Monory en étaient Présidents, ou du Parlement européen, avec Pierre Pflimlin à sa tête, mais aussi en présidant de grandes régions françaises, telles que les région Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes ou encore en Rhône Alpes. Par la suite, le CDS fusionnera avec le Parti Social Démocrate pour donner naissance à la Force Démocrate (1995-1998). Après sa dissolution dans la Nouvelle UDF (1998-2007), le courant démocrate-social sera représenté dans différents mouvements (UMP, MoDem, Nouveau Centre) avant de se voir reconstitué au sein de la Force Européenne Démocrate le 10 juillet 2012 par Jean Christophe Lagarde.

Au delà de son influence propre, les représentants de la démocratie sociale ont toujours aspiré à construire un centre rassembleur et indépendant. Si cet objectif guide la création du Centre Démocrate en 1965, cette dynamique retombe rapidement. Elle ne sera poursuivie qu’à partir de le fin des années 1970. Dans les années 1980 et 1990, c’est aussi la volonté d’indépendance et d’autonomie face à la droite qui caractérisera ce mouvement.

Une force motrice pour un centre indépendant

La logique d’un rassemblement des forces centristes débute en 1966 par la création du Centre Démocrate. Dans la foulée du score de Jean Lecanuet aux élections présidentielles de 1965, ce dernier impulse le rassemblement des démocrates-sociaux, des radicaux et des indépendants. Si ce rassemblement n’est que de courte durée, le Centre Démocrate survit après le départ des radicaux et des indépendants. Aussi, après les élections législatives de 1968 et avec des 10% des Députés, le CD devient un réel centrisme d’opposition face au pouvoir gaulliste. En 1969 encore, Jean Lecanuet s’oppose nettement au référendum du Général de Gaulle. Cette logique d’indépendance est également perpétuée lors les élections présidentielles de 1969 par le soutient du CD à la candidature d’Alain Poher face au gaulliste Pompidou. Après sa défaite, le CD retourne dans l’opposition. Le Centre Démocrate fusionne en 1976 avec le Centre Démocratie et Progrès pour devenir le Centre des Démocrates Sociaux.

Toujours sous l’impulsion de Jean Lecanuet, le Mouvement Réformateur voit le jour en 1971 avec la Déclaration de Saint-Germain, sorte de préfiguration de l’Union pour la Démocratie Française (UDF). Ce mouvement rassemble une nouvelle fois le Parti Radical, les indépendants ainsi que les démocrates socialistes d’Émile Muller. A la différence du CD, qui était avant tout le rassemblement pur des démocrates-sociaux, le Mouvement Réformateur aspire à rassembler l’ensemble des forces centristes françaises. Le Mouvement Réformateur se voit transformé en réel parti le 1er février 1978 par la création de l’UDF, toujours sous l’impulsion de Jean Lecanuet qui en devient le premier président. L’objectif est alors de rééquilibrer les forces centristes face à un RPR solidement organisé afin de soutenir le Président Giscard d’Estaing. Un mois après sa création, l’UDF se lance dans les élections législatives de mars 1978. Le succès est sans équivoque puisque l’UDF dispose alors de 123 Députés contre 154 pour le RPR. Il est même affirmé lors des Européennes de 1979 où l’UDF récolte 27,20% des voix.

A la fin des années 1980, le CDS, au sein de l’UDF, pousse encore à la construction d’un centre autonome. Aussi, c’est le soutien à la candidature de Raymond Barre plutôt qu’à celle de Jacques Chirac qui est préféré. Plus tard dans l’année, le CDS profite de l’ouverture vers le centre initiée par le réformateur Michel Rocard face à un RPR en voie durcissement idéologique. Aux élections européennes de 1989, l’indépendance est encore privilégiée. Lors du Congrès de Lille de 1989, le CDS décide de constituer une liste autonome en vue des prochaines élections européennes. S’il n’est pas soutenu par le reste de l’UDF qui préfère s’allier au RPR, la liste CDS conduite par Simone Veil récolte toutefois à elle seule près de 10% des suffrages exprimés. En 1995, le CDS déclare à l’unanimité son soutien à Édouard Balladur face au candidat Chirac. Plus tard dans l’année le mouvement démocrate-social s’élargit par la fusion du CDS et du Parti Social-Démocrate, concrétisée par la fondation de la Force Démocrate.

L’ambition d’un centre pleinement indépendant et autonome a toujours été portée par les démocrates-sociaux. Si ce courant s’est malheureusement divisé à la fin des années 1990 et au début des années 2000 dans un contexte d’éclatement général des forces centristes, la FED doit aujourd’hui avoir pour but de perpétuer cette ambition d’indépendance. Aussi, le rassemblement de toutes les forces réformatrices, centristes et modérées est aujourd’hui nécessaire.

Notre objectif, faire perdurer l’ambition d’un centre large et indépendant

Aujourd’hui héritières du courant démocrate-social, les Jeunes Forces Démocrates veulent plus que jamais incarner les convictions et les ambitions de ce courant politique. Aussi, nous estimons qu’il est aujourd’hui plus que nécessaire de redéfinir le cadre institutionnel, économique et social de notre pays autour des trois piliers: Europe fédérale – décentralisation – éducation sociale pour faire face aux compétitions politiques économiques et culturelles liées à la Mondialisation.

Nous estimons par ailleurs qu’il est plus qu’impératif, dans le contexte politique actuel des querelles partisanes, d’appeler au dépassement des partis établis. Cette indépendance doit être sensée, donc à la fois militante et idéelle. C’est pourquoi notre action s’inscrit aujourd’hui encore dans la volonté de construire une force centriste large et indépendante. De sorte qu’une alliance entre certaines personnalités de gauche réformatrice, comme Emmanuel Macron, de droite modérée, telles qu’Alain Juppé ou Nathalie Kosciusko-Morizet, et bien sûr les forces centristes isolées, comme le MoDem, ne nous semblerait pas contre-nature, mais au contraire judicieuse et plus que nécessaire pour notre pays et ses concitoyens.

Le Secrétaire général des JFD-UDI


(1)  RTL, « Le Journal inattendu », 23 mai 1976.

(2)  « L’autre solution », Paris, 1977, Centre des Démocrates sociaux, 243 pages.

(3)  Force Européenne Démocrate, Charte des valeurs, Vincennes, Avril 2013 http://forceeuropeennedemocrate.fr/charte.php.