Pour ce premier “Focus sur”, Gauthier Larivière se penche aujourd’hui sur la création du MRP (1944-1967), ancêtre de le FED. Les “Focus sur” ont pour but de vous faire découvrir toutes les deux semaines un évènement marquant du courant démocrate-social.

La participation des chrétiens dans la Résistance a été un élément décisif pour la fondation du Mouvement Républicain Populaire. En effet, dès sa fondation, le MRP a su les rassembler à travers un idéal commun et en cohérence avec leur engagement précédent. La Résistance démocrate-chrétienne est en large partie liée à la création du Cahier du témoignage chrétien.

C’est dans la France occupée que, le 16 novembre 1941 à Lyon, un jésuite, le père Pierre Chaillet, publie clandestinement le premier Cahier du témoignage chrétien. Intitulé « France, prends garde de perdre ton âme », sous forme d’un opuscule de petit format (d’où le nom de Cahier). Celui-ci contient un vibrant appel à s’opposer au nazisme au nom des valeurs chrétiennes. Il est entièrement rédigé par le père Gaston Fessard. Témoignage chrétien devait s’appeler Témoignage catholique, mais par œcuménisme et à la suite de la participation de protestants dans l’équipe clandestine initialement constitués de théologiens jésuites de la faculté de Fourvière à Lyon, l’adjectif «catholique» a été changé en «chrétien». Parallèlement aux Cahiers du témoignage chrétien paraît dès mai 1943 le Courrier français du témoignage chrétien, d’un tirage de 100 000 puis 200 000 exemplaires.

La spécificité de Témoignage chrétien, par rapport aux autres journaux de résistance est qu’il revendique une « résistance spirituelle ». C’est en effet en référence à l’Évangile et aux idéaux chrétiens que Témoignage chrétien s’est opposé au nazisme. Le Courrier du témoignage chrétien est sous-titré « Lien du Front de résistance spirituelle contre l’hitlérisme ».

Treize numéros du Courrier du témoignage chrétien et quatorze Cahiers seront diffusés jusqu‘à la Libération. Maurice Schumann, porte parole de la France libre à Londres, adressa au Père Chaillet cette lettre en septembre 1944 : « Mon Père, vous avez été notre 18 juin spirituel. C’est trop peu dire que nous vous lisions. Tandis que vous portiez Témoignage dans les soutes et les prisons, les pharisiens de Vichy perpétraient le pire des mensonges : d’une main, ils relevaient les autels, de l’autre, ils en éteignaient les lumières… Le jour où un missionnaire de la résistance m’a mis votre Témoignage entre les mains, j’ai ressenti le même choc libérateur que le soir où, sur le chemin d’une retraite qui paraissait sans fin, la voix du général de Gaulle était parvenue jusqu’à moi. »

Outre le Cahier du témoignage chrétien, la résistance chrétienne est caractérisée par l’implication dans la résistance de certains grands hommes chrétiens  de l’époque dont les noms sont restés célèbres, entre autres Maurice Schumann, André Colin, et le fondateur du MRP et ancien Président du Gouvernement provisoire de la République française, Georges Bidault.

Maurice Schumann est engagé volontaire en 1939 en tant qu’interprète militaire auprès du Corps expéditionnaire britannique, il s’embarque à Saint-Jean-de-Luz pour l’Angleterre le 21 juin 1940 à bord du navire polonais M/S Batory et rejoint le général de Gaulle. Il devient le porte-parole de la France libre. On entend sa voix familière dans l’émission Honneur et Patrie sur les ondes de Radio Londres. Il y intervient plus de 1 000 fois entre le 17 juillet 1940 et le 30 mai 1944. Il quitte Londres en 1944 pour prendre part à la bataille de France, d’abord avec l’armée britannique, puis avec la 2e D.B. sous les ordres du général Pierre Billotte. Il débarque en Normandie avec la mission d’assurer la liaison avec les Forces françaises de l’intérieur et participe ensuite activement à la libération de Paris. Le général de Gaulle dit de lui : « Il fut l’un des premiers, l’un des meilleurs, l’un des plus efficaces. »

André Colin est mobilisé en 1939, il est affecté dans la Marine à Beyrouth. Après la signature de l’armistice du 22 juin 1940, il lance un appel sur la radio de Beyrouth appelant à poursuivre le combat mais il est renvoyé en France métropolitaine. Il est membre du conseil national de la Résistance en 1942. Son action dans la Résistance lui a valu d’être fait chevalier de la Légion d’honneur au titre de la Résistance et d’être décoré de la Croix de guerre 1939-1945 avec palmes et de la Médaille de la Résistance avec rosette.

Georges Bidault succède à Jean Moulin comme président du Conseil National de la Résistance en juin 1943. Il manifestera à droite du Général de Gaulle le 26 août 1944 sur l’Avenue des Champs-Élysées. Il fut membre du comité directeur de Combat (mouvement résistant le plus important), de même que Pierre-Henri Teitgen, Président du MRP de 1952 à 1956.

C’est dans cette participation des Chrétiens dans la résistance que se trouvent les origines du MRP. En effet, lors de la Résistance, certains grands hommes comme Pierre Brossolette et Jean Moulin envisagèrent la création d’un parti unique issu de la Résistance, qui mettrait en avant les forces catholiques non-politiques qui lui sont associées (CFTC, ACJF). Ainsi, non lié aux anciens partis, le MRP pourrait remplacer les anciens partis politiques, dépasser le clivage gauche-droite et celui de la « fidélité » au général de Gaulle.

Ce projet, qui avait sans doute l’accord du général Charles de Gaulle, fut abandonné à la suite de la mort de ces deux icônes, et à cause de l’importance prise par le PCF.

Le M.R.P. proprement dit est né à Paris dans la clandestinité, le 16 janvier 1944, à l’instigation de Francisque Gay, de Gaston Tessier, de Georges Bidault et de Pierre-Henri Teitgen. Ce parti est l’héritier du Parti Démocrate Populaire et de mouvements régionaux comme l’Union Populaire Républicaine Alsace et l’Union Républicaine Lorraine. En octobre 1944, tandis que Marc Sangnier est proclamé président d’honneur, Maurice Schumann est élu président. Les autres présidents seront successivement Georges Bidault (1948-1952), Pierre-Henri Teitgen (1952-1956), Pierre Pflimlin (1956-1959), André Colin (1959-1963), Jean Lecanuet (1963-1965), puis, avec le titre de secrétaire général, Joseph Fontanet (1965-1967).

Deuxième parti de France derrière le PCF en 1945, il devint le premier en juin 1946 et forma le gouvernement. Il représentait à ce moment plus de 28% des suffrages. Il disparut peu à peu après le retour du général De Gaulle, s’incarnant au fil du temps dans plusieurs partis du centre jusqu’à la composante Force Européenne Démocrate au sein de l’UDI. Si la FED n’est pas un parti démocrate-chrétien, elle conserve en revanche certaines grandes caractéristiques de ce mouvement: l’attache à une souveraineté populaire, la fibre européenne et l’aspiration à une réelle justice sociale.

Gauthier Larivière