Robert Schuman est une personnalité importante du Mouvement Républicain Populaire. Il a été plusieurs fois ministre des affaires étrangères puis président du Conseil des ministres à deux reprises et président du Parlement Européen qui lui décernera le titre de « Père de l’Europe » en 1960.

Jeunesse et premiers mandats (1919-1940)

Robert Schuman naît le 29 juin 1886 à Luxembourg. Durant ses études, il apprit le français et l’allemand. En 1912, après un doctorat de droit, il s’inscrit au barreau d’Alsace-Lorraine et ouvre un cabinet d’avocat à Metz. Il devient président diocésain de la jeunesse catholique et participe en 1913 à l’organisation du Katholikentag (congrès des catholiques allemands) à Metz.

En novembre 1919, il se présente aux élections législatives sur la liste d’union républicaine lorraine. Il est élu député de la Moselle avec 62 089 voix sur 96 986 suffrages exprimés (à la cinquième place sur une liste de huit noms). En 1924, il passe premier de la liste, et est réélu député de la Moselle avec 59.180 voix sur 114.880 votants. En 1928, le scrutin devient uninominal et il se présente sur la circonscription de Thionville-Est. Il remporte une difficile victoire au second tour face à Fritsch (candidat communiste) et il obtient 8 115 voix sur 14 134. En 1932, il l’emporte sur Fritsch dès le premier tour en obtenant 10.068 voix sur 14.743 suffrages exprimés. Il en sera de même en 1936 où il obtiendra  8.510 voix sur 15.436 votants dès le premier tour.

Durant ces mandats, il eut différentes responsabilités : membre de la Commission de législation civile et criminelle de 1919 à 1929 et de 1930 à 1940 ; membre de la Commission d’Alsace-Lorraine de 1919 à 1940 (il sera secrétaire de cette commission de 1920 à 1920, puis vice-président de 1927 à 1929 et président de 1929 à 1936) ; membre de la Commission des finances de 1929 à 1939 (il sera secrétaire de cette commission de 1932 à 1936).

Lors des débats à l’Assemblée sur l’abolition du droit local en 1923, il milite pour le maintien du Concordat en Alsace-Moselle (le régime concordataire en Alsace-Moselle est un élément du régime concordataire français qui n’a pas été abrogé par la séparation des Églises et de l’État en 1905, l’Alsace-Moselle étant alors un territoire allemand).

Membre puis président de la commission d’Alsace-Lorraine, il déposa un certain nombre de projets visant à réintroduire la législation française dans les provinces de l’Est. Il rapporta également divers projets relatifs au paiement des pensions, à l’organisation de la justice et des professions judiciaires ainsi qu’à l’application des lois civiles et commerciales françaises en Alsace-Lorraine.

Au cours de la discussion budgétaire de 1920, il explique comment il conçoit la réintégration des trois départements dans la France :

« Nous voulons, en principe, une adaptation progressive de notre organisation locale, l’introduction progressive de la législation française, mais certains sont d’avis que nous devrions avoir hâte de jeter par-dessus bord tout ce que nous avons de particulier dans nos institutions qui, disent-ils (…) viennent d’outre-Rhin et qui, pour cette seule raison, ne méritent pas d’être respectées. C’est, à mon avis, une double erreur…»

« Pendant l’annexion, ajouta-t-il, nous ne vivions pas exclusivement d’importation étrangère. Notre Parlement, nos conseils généraux, nos conseils municipaux ont pris des initiatives heureuses, créé ou inspiré des institutions que nous croyons utiles et qui ont pris racine dans la population. »

En matière financière, comme dans les autres domaines, Robert Schuman exigeait cohérence, fermeté et réalisme. C’est pourquoi, il douta de la politique menée par le Front populaire après la dévaluation de 1936, il manifesta en ces termes sa méfiance à l’égard de Vincent Auriol, alors ministre des Finances : « Etes-vous décidé à affronter même l’impopularité dans la politique financière que vous aurez à poursuivre ? » Il estimait, avec juste raison, que le succès de la dévaluation supposait que l’on appliquât une rigoureuse politique de déflation à l’intérieur du pays et il craignait que le gouvernement Léon Blum se laissât aller à la démagogie.

Il rejoint les démocrates populaires en 1931 et, à partir de 1936, il siège au conseil général de la Moselle pour le canton de Cattenom.

L’occupation des usines par les grévistes était, à ses yeux, faire preuve de démagogie. « Il faut que, en toute circonstance, l’autorité de l’Etat s’affirme de telle façon qu’elle contraigne non seulement les individus, mais aussi les groupements à la respecter et qu’elle ne tolère aucune abdication, même passagère, en faveur d’aucune organisation, syndicale ou autre.» Un an plus tard, en 1937, Robert Schuman s’éleva contre le monopole exercé par la C.G.T.

Sous la Seconde Guerre Mondiale (1940-1945)

En 1940, les Alsaciens-Lorrains prirent le chemin de l’exode de façon à laisser libre la ligne Maginot. Il fallut ainsi les accueillir et Paul Reynaud (1878-1966 président du Conseil à ce moment, il sera remplacé par la suite par le maréchal Pétain suite à sa démission dû au désaccord sur la politique à tenir) lui confie le sous-secrétariat d’Etat aux réfugiés, poste qu’il occupa jusqu’au 12 juillet 1940.

Il conserve ses fonctions après la signature de l’Armistice dans l’espoir de porter secours à ses compatriotes. Bien qu’il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet, il est pris de doute et démissionne deux jours plus tard. Il dira d’ailleurs à ce propos : « J’ai quitté le gouvernement de l’Armistice au bout de quelques jours parce que je n’avais pas confiance en cette formule. » On ne peut que le féliciter d’avoir pris conscience de ce qu’il allait advenir et d’avoir démissionné.

Il est arrêté le 14 septembre 1940 pour avoir refusé de « coopérer » en Moselle avec l’armée allemande. Il sera emprisonné à Metz puis placé en résidence surveillée à Neustadt (Palatinat). Il s’évade le 1er aout 1942 et réussit à rejoindre la zone libre dans la Vienne le 13 aout 1942 en franchissant la ligne de démarcation de Vernon après avoir passé dix jours à l’abbaye de Ligugé. Il entre dans la clandestinité en novembre.

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L’apothéose de sa carrière politique : « le père de l’Europe » (1945-1962)

Ayant fait l’objet d’un non-lieu qui lui rend son éligibilité en septembre 1945, il est candidat aux élections à la première Assemblée nationale constituante. Il y est élu député sous l’étiquette « Union lorraine » en octobre avec trois autres colistiers : Robert Sérot, Jules Thiriet et Emile Engel en rassemblant 103 264 suffrages.

Il rejoint alors le Mouvement Républicain Populaire dont il devient le président de la fédération de la Moselle. En novembre, il est choisi pour être président de la Commission des finances. En juin 1946, alors qu’il est devenu président du Conseil général de Moselle, il est élu député à la deuxième Constituante. Il devient ministre des finances le 24 juin 1946 dans le gouvernement Bidault puis dans le cabinet Ramadier de janvier à novembre 1947. Il publie l’Inventaire de la situation financière  qui contribue à stabiliser les finances publiques. Il crée l’aide aux économiquement faibles en septembre 1946, réalise le reclassement des fonctionnaires, double les pensions de guerre et fait voter la loi sur les dommages de guerre sans amputer la politique familiale.

Il devient président du Conseil le 24 novembre 1947 par 412 voix contre 186 après l’échec d’un gouvernement proposé par Léon Blum. Il réussit à rétablir la sérénité et à faire revenir l’ordre dans le pays. Son gouvernement tombe le 25 juillet 1948. Il est nommé ministre des Affaires étrangères du 26 juillet 1948 à décembre 1952 sous les différents gouvernements Marie, Queille, Bidault, Pleven, Faure et Pinay.

Il signe, au nom de la France, le traité de l’OTAN, le 4 avril 1949, après avoir participé à la mise en place du Conseil de l’Europe en janvier 1949. Le 9 mai 1950, il propose un plan plaçant la production du charbon et de l’acier sous une haute autorité commune, dans une organisation qui regroupe six pays : la France, l’Italie, la RFA et le Benelux. Ce traité instituant la CECA est signé le 18 avril 1951 et s’appellera « traité de Paris ». Il est fortement inspiré par les réflexions et les travaux de Jean Monnet (premier commissaire au Plan). Cette déclaration du 9 mai 1950, appelé déclaration Schuman, est le texte fondateur de la construction européenne. Il a été prononcé dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay. En 1985, le Parlement européen décide de faire de ce jour la « journée de l’Europe ».

Extraits de la déclaration du 9 mai :

« Par la mise en commun de productions de base et l’institution d’une Haute Autorité nouvelle, dont les décisions lieront la France, l’Allemagne et les pays qui y adhèreront, cette proposition réalisera les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix. »

« L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. »

« Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune (…). La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne. »

Il devient ministre de la Justice, garde des sceaux, dans le gouvernement Faure du 23 février 1955 au 24 janvier 1956. Il est président du Mouvement européen en juin 1955 jusqu’en 1961. En 1956, il est réélu député de la Moselle et sera membre de la Commission des affaires étrangères de 1956 à 1958. En 1958, il est élu député MRP de la circonscription de Thionville. De plus, il est en 1958, le premier président du Parlement européen (pendant deux ans) qui lui décernera à la fin de son mandat le titre de « Père de l’Europe ».

Il se retire de la vie politique en 1962 et son livre Pour l’Europe est publié en 1963. Il meurt le 4 septembre 1963 à  Scy-Chazelles.

Pour l’Europe

Ce livre raconte son aventure, au départ rêve inaccessible devenu réalité. Dans ce livre, il parle de sa démarche et les enjeux politiques de cette construction européenne ayant pour but de maintenir la paix et l’entraide entre les pays européens : l’unité dans la diversité ! Il insiste sur ce point dans le livre en parlant de la diversité de l’Europe qui est aussi forte de son unité. Les Etats s’additionnent et l’Europe devient une Europe politique et une vraie force capable de rivaliser avec les autres continents. Il va ainsi revenir sur tous les points et questions du projet européen : racines de l’Europe, culture, la nation et surtout le fédéralisme qui est un des éléments clés de notre parti. Ainsi, il n’est pas question d’effacer les frontières ou de créer un super Etat mais de créer des lignes de contact où les échanges s’organisent et s’intensifient afin de renforcer la solidarité entre les pays. Le plus important est cette entente durable, gage de paix ainsi que l’égalité des droits et des devoirs pour tous les pays.

« L’idée d’une Europe réconciliée, unie et forte doit être le mot d’ordre des jeunes générations. »

Il montre aussi que la démocratie doit être au service du peuple et en accord avec celui-ci. L’effondrement de l’Allemagne au sortir de la Seconde Guerre mondiale a montré les erreurs du système passé. L’intégration européenne doit s’inscrire sur une base paritaire dans l’estime et la confiance réciproques. La déclaration du 9 mai 1950 montre ainsi qu’il faut oublier les querelles passées afin de construire un avenir commun, une entière coopération entre la France et l’Allemagne étant le gage de réussite de l’Europe. La CECA et le marché commun ont permis un ensemble de garanties et de normes régulatrices s’appuyant sur une politique commune. La démocratie dans l’Europe est un des points importants de son livre car pour lui, la population, par des représentants élus soit en état de suivre et d’aider le développement des institutions. Ce qui compte, c’est avant tout la cohésion des peuples, c’est la vigueur avec laquelle ils savent conjuguer leurs volontés et coordonner leurs activités, c’est la conscience de la solidarité devant un même danger.

Le projet européen est d’actualité avec le Brexit. Notons aujourd’hui que les pro-Brexit d’hier sont aujourd’hui dépassés par les évènements. En effet, eux même ne croient pas à un état européen privé d’Europe, les intérêts et atouts étant trop grands. Ils ne savent ainsi plus comment s’en sortir actuellement et on peut se demander s’ils ne vont pas faire marche arrière. On peut toutefois se demander : l’Europe oui, mais à quel prix ? En effet, les Anglais demandaient des avantages inacceptables et ont empêché durant des années l’avancée du fédéralisme européen. Ainsi, s’ils envisagent par la suite un retour dans l’UE, il ne faudra pas oublier leur choix et ne pas leur faire bénéficier d’avantages indécents comme ceux qu’ils avaient réussi à négocier s’ils restaient dans l’UE.

Pour conclure, nous pouvons dire que Robert Schuman étaient une des personnalités les plus importantes en Europe et qu’il a su porter et lancer le projet européen. Les démocrates sociaux doivent être fiers de leurs valeurs et continuer de se battre pour une Europe plus fédérale, même sans le Royaume-Uni.