Pour sa 51e année, le salon du Bourget ouvre ses portes en haute altitude ! 2015, restera l’année de tous les record pour le secteur aéronautique français et européen :

– Rafale (Dassault aviation) : 2 contrats signés pour 48  appareils et 1 option d’achat de l’Inde pour 36 appareils soit 84 avions pour un montant de 6,3 milliard d’euros ;
– Cargo militaire Casa C-295 (Airbus Defence and Space) : l’Inde réitère sa volonté d’acheter français et européen, puisque 56 C-295 seront vendus pour 1,7 milliard d’euros ;
– Moteur LEAP* (Snecma-Safran) : les commandes pour ce moteur, dont la consommation de carburant et les émissions de CO2 sont réduits de 15%, atteignent des sommets : 8900 commandes fin mai 2015 dans le monde entier (Chine, États-Unis, Europe, Canada etc.). Ce carnet de commande rempli va permettre de faire vivre toute une filière tant chez les nombreux sous-traitants qu’auprès des écoles et centres de formations aéronautiques français.

Une filière en bonne santé

Le salon du Bourget est toujours synonyme de très bons chiffres pour l’industrie aéronautique. Le volume global des commandes passées pendant le salon est estimé à 130 milliards d’euros. Au total 986 avions et hélicoptères ont été commandés.

Au 2ème jour du salon, au cumulé du match Airbus vs. Boeing,  les 2 constructeurs totalisaient à eux deux 615 commandes ! Au terme des 4 jours professionnels du Bourget, le match Airbus vs. Boeing aura tourné à l’avantage du constructeur américain en ce qui concerne les commandes fermes. Pendant qu’Airbus totalise 421 commandes et engagements d’achat, dont 124 fermes pour un montant de 57 milliards de dollars, Boeing totalise 331 contrats dont 145 fermes atteignant les 50 milliards de dollars de commande.

2015 est aussi l’année de la plus grande commande jamais passée pour le constructeur européen et pour sa famille des A320neo : 4000 commandes! Dernière en date : le 18 juin 2015, la compagnie low cost hongroise Wizz Air a confirmé son achat de 110 A321neo.

En parallèle de ce match, les autres constructeurs profitent aussi de la bonne santé des investisseurs. Le constructeur franco-italien ATR, groupement entre Airbus et Alenia aeronautica, a enregistré 46 commandes fermes et 35 options d’achat pour un montant de 2 milliards d’euros. Le constructeur brésilien Embraer, dont les sous-traitants sont européens, a confirmé 50 commandes fermes pour 2.6 milliard d’euros et 53 options d’achat. Airbus Helicopter a vendu de son côté 52 appareils.

Chez les motoristes aussi le salon est synonyme de bons chiffres : le consortium SNECMA-Safran-General Electric a vendu 835 moteurs. Rajoutons à ces chiffres le domaine spatial puisqu’Airbus Defence and Space a été choisi pour concevoir et fabriquer plus de 900 microsatellites.

Des sous-traitants sous pression

Afin de suivre cette cadence de plus en plus soutenue, les sous-traitants s’adaptent et investissent eux aussi. Ainsi, le n° 3 mondial des roulements aéronautique, l’entreprise haut-savoyarde NTN-SNR vient d’investir 27 millions d’euros dans la construction d’un nouveau site de production de 4000 m² à Annecy. L’entreprise Mecafi (groupe Atmec) construit actuellement une usine de 8700 m² à Châtellerault (Vienne) pour 28 millions d’euros. Mecachrome, entreprise spécialisée dans mécanique de haute précision, investit quant à elle 60 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production à Sablé-sur-sarthe (Sarthe).

Malgré un nombre d’investissement toujours plus important dans la filière aéronautique, une réalité non négligeable vient perturber les perspectives de production des sous-traitants pour les prochaines années : la main d’œuvre manque désespérément.

Des carnets de commandes pleins, mais une pénurie de techniciens de production et d’opérateurs qualifiés vient ralentir la montée en cadence de la production aéronautique. La filière emploie aujourd’hui entre 300 000 et 350 000 salariés (source : GIFAS) dans les 4000 entreprises que compte le secteur. Cette bonne croissance de l’emploi met en avant l’alternance fortement plébiscitée avec 6000 jeunes concernés par le dispositif dans la filière. Un article de l’Express l’Entreprise juin 2015 faisait état d’une vingtaine de métiers de production (soudeurs, chaudronnier etc.) qui peinent à trouver des candidats. Ce manque de candidats dans ces filières de production pousse les industriels a se tourner vers du personnel étranger (polonais, tunisiens etc.) pour faire fonctionner leurs usines.

L’emploi aéronautique : plus qu’une nécessité, une priorité

Travailler dans l’aéronautique est souvent d’un rêve d’enfant! Redonner le goût des métiers de l’aéronautique est le challenge des 10 prochaines années. Il faut non seulement développer l’apprentissage dans cette filière mais aussi et surtout soutenir les entreprises du secteur, qu’il s’agisse de grands groupes industriels ou encore des PME et ETI. Tous doivent contribuer au développement l’industrie aéronautique française et européenne!

Avec ses 3% de croissance annuel, l’aéronautique est un secteur qui ne connaît pas la crise et qui va continuer à embaucher au vue de l’augmentation du trafic aérien qui avoisine les +5% par an. Tous les profils sont recherchés, allant de l’ouvrier qualifié à l’ingénieur spécialisé. Mais pourquoi donc ce secteur n’arrive-t-il donc pas à recruter les petites mains des avionneurs? La réponse est claire, au cours des dernières années, les formations aéronautiques se sont presque uniquement concentrées sur l’ingénierie.

L’aéronautique dispose pourtant d’un atout décisif: c’est un secteur qui fait rêver qui suscite de nombreuses des vocations. Les démonstrations en vol au salon du Bourget a permis d’éveiller de nombreux intérêts auprès des jeunes et des moins jeunes. Ainsi, il est aujourd’hui urgent de développer une offre de formation complète afin de palier au manque d’ouvriers qualifiés et de techniciens. Pour cela, nous proposons plusieurs pistes de réponse :

Créer des structures pilotées conjointement par des industriels du secteur et des acteurs publics (GIFAS) qui organiserait et gèrerait l’ensemble de la filière formation-emploi du monde aéronautique français. Cette structure rassemblerait à la fois des établissements publics (lycées, collèges et universités) et privés (campus Dassault, lycées privés) ;

Ouvrir l’ensemble des diplômes permettant d’accéder professionnellement à la filière aéronautique, du CAP au diplôme d’ingénieur, à l’apprentissage ou à l’alternance ;

Permettre aux étudiant en apprentissage ou alternance dans une grande entreprise (Airbus, Dassault…) de réaliser une partie de leur diplôme (3 à 6 mois) dans une PME ou une ETI ;

Accentuer les liens entre collectivités, pôles de compétitivité régionaux (Aerospace Cluster in Rhône-Alpes, Aériades in Lorraine, ASTech Paris Region, Aerospace valley (Toulouse)…) et les entreprises aéronautiques. Outre la promotion des métiers de la filière, ces entreprises doivent devenir de véritables acteurs locaux incontournables dans la formation et de la création d’emplois en région.

Vous l’aurez compris, ce n’est qu’en adaptant notre offre de formation aux demandes des étudiants et aux attentes des entreprises du secteur aéronautique, que nous arriverons à former des travailleurs qualifiés et pour ainsi palier au manque de main-d’œuvre de ce secteur au potentiel sous-exploité.

Florian Vallet,

Pôle projet des Jeunes Forces Démocrates

*LEAD : Leading Edge Aviation Propulsion