Aussi surprenant qu’on puisse le penser, nous sommes déjà au crépuscule du XXIème siècle et avec lui le sort de la France scellé. Non pas parce que les nombreuses années qui restent doivent être quantité négligeable, mais parce que la vélocité avec laquelle elle passeront sera prodigieuse, compte tenu des progrès technologiques.

En premier lieu, le développement de l’informatique et de la robotique permet à des pays technologiquement avancés de sublimer leur avantage déjà acquis, et d’accroître leur productivité. Ensuite, parce que la généralisation d’internet rend le savoir universel, et que la pérennité d’un avantage technologique s’en trouve par conséquent considérablement amoindrie. Il apparaît évident que les années qui vont suivre ne seront que succession de découvertes technologiques, et que les nations qui compteront dans le monde de demain seront celles qui posséderont la capacité d’innover frénétiquement, grâce au travail, à l’inspiration voire au génie de quelques uns.

L’ardent développement de ces pays reposera sur une fondation bien solide : l’école. Il semble dès lors évident que notre pays ne fera pas partie de ceux qui compteront dans les prochaines années, tant notre système éducatif est défaillant, et tant notre pays se montre incapable de convaincre les jeunes de rester en France. Nous avons, il y a deux semaines, dressé un constat sévère de notre système éducatif. Ce constat s’appuie avant tout sur les remontées venant du terrain, de la lecture de sites ou blogs tenus par des acteurs du monde de l’éducation ou encore de l’analyse des différentes études internationales, PISA notamment, qui ont le mérite de chiffrer de manière claire le lent déclin de notre système éducatif.

Face à ces problèmes, les Jeunes Forces Démocrates-UDI ont publié cet été un dossier dont le but était de lancer les bases de réflexions d’une refonte de notre système éducatif. Nous avons reçu de nombreux témoignages, parfois critiques, mais toujours constructifs et enrichissants. Mais il était nécessaire d’aller plus loin, notamment sur les volets du décloisonnement de notre société ainsi que la mobilité sociale, deux thèmes qui nous sont chers.

Vouloir décloisonner notre société, c’est également disposer d’un système éducatif qui permette à chaque jeune de trouver sa place dans le monde de demain. Derrière ces paroles répandues dans les discours politique, se cache une concrétisation difficile à réaliser sur le terrain, tant les blocages sont nombreux. Pourtant, il est plus qu’urgent d’agir, si nous voulons que la France compte demain, et que notre pays soit cité en exemple pour la mobilité sociale dont bénéficie chacun de ses citoyens. Nous ne gagnerons le combat des valeurs que si nous sommes en capacité de les concrétiser dans la réalité.

Face à cette ambition, nous proposons quatre axes de réflexion : sur l’école primaire, là où tout se joue, sur l’enseignement secondaire où doivent se poser les questions de la prise en charge des élèves en difficulté, sur le contenu de la formation en lui-même et enfin sur l’instauration d’un vrai droit à la seconde chance, auquel chaque citoyen pourrait prétendre s’il l’estime nécessaire.

L’école primaire: moment clef pour l’élève

Le système éducatif élémentaire constitue un instant clef pour beaucoup d’élèves. C’est au sein des écoles primaires que, bien souvent, en quatre ans seulement, se joue la vie de nos futurs élèves. C’est aussi le moment où se creusent les écarts.

Tout d’abord, les professeurs jouent un rôle primordial durant ces années, et même si nul ne le conteste aujourd’hui, force est de constater que leur importance a considérablement diminué ces dernières années, pour des raisons précises. En premier lieu, parce que les professeurs des écoles sont de moins en moins à l’aise dans l’exercice de leur mission. Il convient donc de lancer une réflexion autour de leur rémunération, compte tenu de leurs conditions de travail souvent difficiles. Même si ces propositions font l’objet d’un consensus de plus en plus large, elles peinent à se concrétiser. Pire encore, on tend trop souvent à minimiser la pression toujours plus grande à laquelle font face les professeurs des écoles. Ils doivent donc être accompagnés dans la mise en place de leurs activités par les mairies et soutenus par leur hiérarchie, qui devra -entre autres- veiller à assurer leur formation continue.

Si les enseignants sont davantage impliqués et soutenus, ils doivent aussi bénéficier d’un cadre plus propice à la progression des élèves. Dans ce sens, la réforme des rythmes scolaires doit être abrogée, tant elle suscite l’opposition de tous les acteurs de la communauté éducative. Le déroulement des cours sur l’année doit permettre la maîtrise des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter) pour un maximum d’élèves. Afin d’accompagner les élèves en difficulté, l’Education Nationale dans son ensemble doit lancer un vaste chantier de réflexion autour des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) dont le rôle a été amoindri ces dernières années alors qu’au contraire, leur implication à l’école primaire devrait être plus grande. Cela supposerait également la mise en place de mécanismes d’évaluation et de formation des membres de ces structures.

Pour rendre l’école encore plus efficace, il est nécessaire qu’il y ait une implication bien plus grande des parents dans la scolarité de leurs enfants. Bien sûr, cela ne doit pas passer, hors cas exceptionnels, par de l’ingérence dans le travail des enseignants mais plutôt dans un partenariat. Ce partenariat consisterait à garantir à l’enfant des dispositions de travail lors des cours, mais aussi à la maison. Bien trop souvent, nombre d’élèves se montrent peu vaillants dans leur travail, et font preuve d’un manque flagrant d’autonomie. Alors que face à ces problèmes, l’opinion commune pourrait appeler l’enseignant à trouver des solutions, sur le terrain ces solutions se font souvent au détriment de la prise en charge des élèves en grande difficultés. En effet, les enseignants perdent souvent du temps à mettre fin aux bavardages, lire les énoncés, motiver les élèves. Des solutions doivent donc être trouvées en dehors des salles de cours.

La prise en charge des élèves en difficulté dans l’enseignement secondaire

Il peut arriver que l’enseignement primaire soit incapable, après de nombreux dispositifs mis en place, de permettre à un élève de surmonter ses grandes difficultés. La tendance ces dernières années consiste à surmédicaliser ces problèmes, derrière des qualificatifs appartenant à la famille des Troubles de déficit de l’attention / hyperactivité (TDAH) alors que leur existence scientifique est encore sujette à controverses. De même, la prescription de médicaments avec des effets sur long terme peu connus tend à se répandre comme une solution commode face aux difficultés scolaires de certains enfants.

Notre société doit trouver des solutions alternatives, qui s’inscrivent davantage dans l’intérêt des enfants. En premier lieu, le rôle des Auxiliaires de Vie Scolaire doit être renforcé (AVS). Cela passe tout d’abord par leur recrutement. Aujourd’hui, les AVS sont recrutés soit par CDD, soit par Contrat Unique d’Insertion (CUI/CUE), ce qui induit une précarité qui, d’une part rend instable les effectifs, et d’autre part fait qu’il est impossible de mettre en place des formations continues.

Le rôle des AVS ainsi renforcé, les enseignants doivent également pouvoir mieux prendre en charge les élèves en grande difficulté. Cela passe là encore par une meilleure formation des enseignants avec, comme nous l’avions évoqué dans notre dossier, l’intégration dans la formation initiale de modules de neurosciences et de psychologie, scientifiques et techniques, dépourvus de vernis idéologique. Cette formation doit également se poursuivre tout au long de la carrière des enseignants, sous forme de séminaires sur une ou plusieurs journées.

Enfin, de manière à faciliter la prise en charge des élèves en difficulté, les établissements doivent être incités à mettre en place des classes avec un niveau plus homogène pour mieux cibler les besoins des élèves. Une telle politique permettrait de moduler les effectifs de chaque classe en fonction des besoins des élèves, garantissant un enseignement plus personnalisé pour les élèves en difficulté, à la manière de l’Accompagnement Personnalisé (AP).

L’accès à un enseignement de qualité pour tous

La prise en charge des élèves en difficulté doit constituer la priorité des nouvelles politiques éducatives à mener. Cependant, comme nous l’avons vu dans l’introduction, la finalité de toute réforme doit être claire : repenser notre système éducatif pour revoir à la hausse son efficacité, en terme de volume de connaissances et de compétences transmises aux enfants, de sorte à combler le retard de notre pays, notamment par rapport à l’Asie du Sud-Est, partie du monde érigée en modèle dans le dernier classement PISA (2012).

Pour concrétiser ces objectifs, notre pays doit poser un débat de société. En effet, nous pensons que la place de l’école doit être plus grande dans la construction des enfants, et ce pour plusieurs raisons, la principale étant que les inégalités se creusent principalement non pas à l’école, mais surtout à la maison. Plusieurs raisons expliquent cela : tout d’abord la précarité affective qui touche certains enfants, et que nous avions abordé dans notre précédent article. De même, l’accès à des activités périscolaires est en général beaucoup plus délicat pour les familles en situation de précarité financière.

Une réforme des rythmes scolaires dans le secondaire s’impose donc. Il serait intéressant de concevoir trois temps scolaires : le premier de 8h30 à 12h30, avec des cours classiques, le second de 14h à 16h, avec des cours classiques mélangés à des travaux de groupes, et enfin un troisième temps scolaire, de 16h à 19h pouvant être utilisé comme “marge” pour des ateliers autour de l’éveil, avec les arts plastiques, de la musique, du théâtre, ou encore des ateliers scientifiques sous forme de TP. On pourrait ainsi imaginer des élèves qui auraient, en plus de leurs heures de Physique-Chimie et de Sciences de la Vie et de la Terre, 3h par semaine de Travaux Pratiques, ce qui consoliderait grandement le bagage scientifique des élèves.

Cette offre ne peut être qu’enrichie avec les sections bilangues et les options comme le latin, voilà pourquoi les Jeunes Forces Démocrates-UDI appellent à leur maintien. Cet appel est d’autant plus justifié que sur le terrain, les inégalités se creusent entre l’enseignement public et l’enseignement privé, ce dernier conservant bien souvent ces dispositifs, considérés à tort comme “élitistes”. Toujours sur la réforme du Collège présentée par le gouvernement actuel, nous considérons que les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) et l’AP -que nous proposions déjà dans notre dossier– doivent être ajoutés en plus des cours actuels, alors que le projet du gouvernement prévoit d’amputer l’horaire des disciplines classiques pour y intégrer ces enseignements, ce qui s’assimile à un procédé douteux destiné à imposer des méthodes de travail -n’ayant jamais fait leur preuve scientifiquement- aux enseignants, en dépit des textes qui sacralisent une certaine forme de liberté pédagogique chez les enseignants.

Enfin, nous appelons à une réflexion autour du Français. Doit-on en effet mélanger étude de la langue et littérature ? L’évolution ces dernières années est claire, et voulue par les gouvernements successifs : moins de grammaire, moins de conjugaison, plus de littérature et d’expression, au point aujourd’hui que les élèves ont de plus en plus de mal à rédiger des phrases correctes. Voilà pourquoi nous proposons de scinder la discipline du français, entre des cours d’étude de la langue (Linguistique française) et des cours plus littéraires (Littérature française). Ceci mettrait fin à une hypocrisie, qui consiste à mélanger les deux branches d’apprentissage de la langue française, de manière supposée équitable, alors que sur le terrain, suite aux directives successives, ce n’est clairement pas le cas.

Un vrai droit à la seconde chance

Notre pays se doit de venir en aide à celles ou ceux ayant quitté précocement notre système éducatif. En effet, ces personnes n’ont pas bénéficié pleinement de leur droit fondamental à une formation scolaire complète. Il est du devoir de notre système éducatif de prendre en charge ces personnes souhaitant reprendre des études afin de leur ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles. C’est un vaste chantier qui nécessite d’abord de lancer une étude sur la généralisation au sein d’établissements scolaires, de structures de formation de type « cours du soir » en vue de préparer un Baccalauréat, en plus des GRETA actuels.

Le CNED doit également devenir un vrai service public, et la formation qu’il dispense rendue gratuite sous des conditions plus larges que celles actuellement.

Notre pays doit également donner la possibilité pour des travailleurs ayant arrêté leurs études précocement de bénéficier d’une Allocation de Solidarité Formation permettant le maintien du revenu d’un salarié qui passerait à temps partiel pour pouvoir suivre une formation. De même, et afin de supprimer certains verrous, il convient de donner la possibilité aux travailleurs de pouvoir anticiper une démission pour formation en permettant une inscription anticipée à Pole Emploi. De cette manière, le versement d’allocations chômage serait garanti une fois la démission effective et la formation lancée.

Ce projet pour l’école, que nous portons, demande des moyens considérables. Cependant, contrairement à l’idée reçue, notre pays a les moyens de telles ambitions. En effet, nous sommes loin d’être le pays qui, en proportion de son PIB, dépense le plus pour l’Education : ainsi avec 5.9% du PIB en 2010, la France est loin derrière des pays comme le Danemark, l’Islande, la Finlande et l’Irlande, avec respectivement 8.75%, 7.8%, 6.5% (1). Une simple mise à niveau pour rejoindre ces pays nous donnerait largement les moyens de porter des propositions ambitieuses, encore plus si nous nous donnons les moyens de faire des économies dans d’autres postes de dépenses. La génération qui subira de plein fouet les conséquences de 30 ans de mauvaise gestion budgétaire vaut bien ces sacrifices. Il en va de l’honneur de notre nation toute entière.


Maxime Cruzel,

Pôle Projet des Jeunes Forces Démocrates

  1. : http://statistiques-mondiales.com/depenses_education.htm