La société française est aujourd’hui cloisonnée. Repliée sur elle-même, une forte défiance est observable. Au cours de ces dernières années, des cloisons se sont érigées entre les Français, cloisons qui revêtent à nos yeux trois dimensions : une dimension sociale, une dimension territoriale et plus récemment une dimension culturelle. Il est plus qu’urgent d’abattre ces cloisons afin de stopper toute crispation au sein même de notre société et d’en finir pour de bon avec toutes relégations, soit elle sociale, territoriale ou culturelle. Ce sentiment de relégation est subi au jour le jour par la population française. A travers cet objectif de décloisonnement de notre société, qui ne revêt pas seulement des enjeux économiques, mais bien politiques au sens large, nous pourrons dégager une réelle vision de l’organisation de notre société. En abattant les cloisons françaises, nous pourrons réduire le fossé séparant les populations déconnectées des échanges mondiaux et celles qui y sont intégrées.

Cet objectif de décloisonnement de notre société est fondamental pour les Jeunes Forces Démocrates parce qu’il s’inscrit dans nos valeurs centrales d’humanisme, de solidarité et de justice sociale.

Creusement des inégalités et mobilité sociale en panne

Il est aujourd’hui flagrant de remarquer qu’en France, les inégalités n’ont cessées d’augmenter et que leur creusement est de plus en plus évident. On ne peut seulement expliquer la recrudescence des inégalités par l’augmentation des revenus les plus élevés mais aussi par le décrochage des plus bas revenus. Il est accompagné de l’accroissement de la pauvreté en France, alors que depuis les années 70 le taux de pauvreté n’avait cessé de diminuer. Ce sentiment de séparation entre les plus favorisés et les catégories populaires est également complété par une mobilité sociale en panne.

La détérioration de la situation économique ainsi que le chômage touchent avant tout les catégories de la population déconnectées des zones d’activité. En 2012, le niveau de vie moyen annuel des 10 % les plus riches était sept fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres contre un rapport de 6,3 en 2000, ce qui traduit un accroissement significatif des inégalités (1). Entre 2000 et 2010, les plus pauvres ont ainsi gagné 33 euros de plus par mois, les plus riches 746 euros, soit une hausse de 5,3 % d’un côté et de 19 % de l’autre (2). Alors que cette réalité était difficilement supportable, depuis 2008 elle devient de plus en plus insoutenable. Le niveau de vie des plus démunis diminue puisqu’entre 2008 et 2010, les personnes aux revenus les plus modestes ont perdu 22 euros par mois alors que les plus riches en ont gagné 128 (3). Par ailleurs, le nombre de personnes pauvres est passé de 4,2 à 4,9 millions entre 2000 et 2011, soit environ 700 000 personnes supplémentaires sur la période (4).

L’augmentation de la pauvreté et le creusement des inégalités ne sont pas les seuls symptômes d’un cloisonnement social de plus en plus flagrant. La mobilité sociale, c’est à dire le changement de statut social des individus au cours du temps, est aussi en mauvais état. Bien que le processus de mobilité sociale ne soit pas formellement bloqué, il semble être irrémédiablement tombé en panne. Selon l’Insee, en 2003, 65 % des hommes de 40 à 59 ans n’appartenaient pas à la même catégorie sociale que celle de leur père. En 1977, le chiffre était de 57 % (5). Si cette hausse  peut être encourageante, elle n’est pas nécessairement caractéristique d’une « ascension sociale”. Il s’agit surtout d’une mobilité structurelle (6). Cette mobilité structurelle correspond à la transformation d’un emploi, mais pas à l’évolution d’une personne au sein la hiérarchie sociale. Un fils d’ouvrier devenu employé aura la même position sociale dans notre société. Ainsi, depuis 2003 l’immobilité sociale stagne, voire tend à augmenter légèrement : un tiers des personnes appartiennent toujours à la même catégorie sociale que leur père. Cette panne dans la mobilité sociale est également visible dans notre système éducatif. Si l’on observe la répartition du type de bac obtenu par catégorie sociale, les écarts sont tout aussi grands. Parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac en 2012, 31 % l’ont eu dans une filière générale, 23 % dans une filière technologique et 46 % dans une filière professionnelle. Chez les enfants de cadres, les trois quarts ont eu un bac général, 14 % technologique et 10 % professionnel (7).

Afin d’éviter que de nouvelles cloisons sociales s’érigent entre Français et dans l’optique d’abattre celles déjà existantes, les Jeunes Forces Démocrates s’engagent à cibler en premier lieu les inégalités sociales et de remettre en marche le processus de mobilité sociale par le biais de la machine éducation. Aujourd’hui en panne, cette dernière est à nos yeux un des leviers majeurs pour la réduction des inégalités et le meilleur moyen de garantir la mobilité sociale pour les prochaines générations.

Territoires déconnectés et concentration de misère sociale

A ces cloisons sociales s’accompagnent des cloisons territoriales qui traduisent un déchirement progressif entre les grandes métropoles dynamiques et nos territoires déconnectés des zones d’activité. Mais c’est aussi à l’intérieur même de nos villes que des scissions apparaissent entre certains quartiers.

D’un côté, les grandes métropoles sont caractéristiques d’une économie post-industrielle, basée sur la connaissance, la créativité et l’information. Elles ont connu un double processus de gentrification et d’embourgeoisement intellectuel. Salariés moyens et supérieurs de ces métropoles appartiennent désormais à des secteurs économiques particuliers, les plus souvent intégrés dans les échanges mondiaux. Dans ces zones, l’activité industrielle a reculé au profit d’une économie toujours plus liée à la connaissance, ce qui fait la spécificité de ces métropoles. Le niveau de qualification de ces populations, l’intégration à des secteurs post-industriels et leur participation aux échanges mondiaux se caractérisent également par une sociologie de la mobilité territoriale et internationale. Si ces métropoles contribuent au deux tiers du PIB français, elles ne concentrent pourtant qu’au maximum 40% de la population. Les 60% restant, habitant dans des territoires déconnectés des échanges mondiaux, et en subissant parfois les conséquences (8). Ces territoires déconnectés, à l’écart des territoires les plus dynamiques, sont aussi bien en marges périurbaines des grandes villes, que dans des espaces ruraux ou dans des petites et moyennes villes. Ce déchirement progressif entre les différents groupes sociaux qui y vivent et les populations métropolitaines, se traduit par une opposition croissante entre catégories moyennes et supérieures et catégories populaires dont l’évolution spatiale vers les zones périurbaines a coïncidé avec une évolution économique. Ce processus de relégation spatiale s’apparente à un contre-modèle d’intégration dans la mesure où cette relégation spatiale rend difficile l’intégration économique et sociale de ces personnes.

Si ce cloisonnement territorial s’observe entre territoires, il opère aussi à l’échelle locale dans des villes où les difficultés sociales sont concentrées sur certaines zones précises. Ce sont dans les quartiers dits « sensibles » que la crise a particulièrement frappés. La ghettoïsation de nombreux quartiers est aujourd’hui un fait: 23 % des habitants de zones urbaines dites “sensibles” sont au chômage en 2011, contre 17 % en 2003 (9). Ce taux de chômage est plus de deux fois plus élevé que la moyenne nationale d’alors (9,8%) (10). Ce taux de chômage en forte augmentation s’accompagne d’un écart qui se creuse avec le reste des communes qui abritent ces “zones urbaines sensibles” dont le taux de chômage a stagné à 9 % sur la période (11).

Un des enjeux du décloisonnement de notre société consistera à reconnecter ces territoires aux métropoles les plus actives afin de stopper cette scission lente mais de plus en plus visible. Les Jeunes Forces Démocrates proposent ainsi pour reconnecter nos territoires entre eux par une politique de décentralisation intelligente adaptée aux besoins de chaque territoire. A l’intérieur même de nos villes, le décloisonnement devra se traduire par une mixité sociale plus importante, une politique volontariste qui répartirait mieux les populations en difficulté au lieu de concentrer les difficultés sociales.

Repenser notre cadre culturel

La dernière dimension culturelle du cloisonnement de notre société vient se superposer aux deux précédentes. Aujourd’hui de nombreuses divisions culturelles ont lieu entre les Français autour de questions dites “sociétales”, spirituelles ou géographiques. Si toute société nationale est objectivement multiculturelle dans le sens où l’unité politique se caractérise par des populations diverses de par leurs origines, leurs croyances ou leurs conditions sociales, aucun droit collectif ne doit être accordé à des groupes particuliers, la démocratie française étant fondée sur l’égalité entre chaque citoyen. La reconnaissance publique des particularismes culturels de certains groupes peut mettre en danger ce qui unit les citoyens et peut également conduire les individus à se replier sur leur communauté d’origine au lieu de leur donner les moyens de les dépasser et d’entrer en relation les uns avec les autres.

Tout l’enjeu du décloisonnement culturel français devra reposer sur une intégration autour d’un projet politique, de valeurs incarnées par notre Histoire et sur le principe de la citoyenneté individuelle ainsi que sur la langue française. Ce décloisonnent culturel devra permettre d’organiser l’expression des spécificités culturelles privées au sein de la culture collective publique. Elle devra donner un cadre d’expression nécessaire aux cultures relevant de la sphère privée pour qu’elles ne se superposent pas, ou ne rentrent pas en concurrence avec la culture collective publique. Cette organisation entre culture privée et culture publique consisterait en la reconnaissance sociale des spécificités culturelles sans pour autant leur accorder de droits propres. Afin d’assurer une reconnaissance optimale des spécificité culturelles au sein de la culture collective publique, toute spécificité culturelle qui ne comporterait pas de traits compatibles avec les valeurs politiques inhérentes à notre démocratie ainsi qu’à son histoire ne pourrait être reconnue.

Dans cette optique, les Jeunes Forces Démocrates proposent de repenser la laïcité en une “laïcité culturelle”. En reprenant le principe de neutralité de l’Etat par rapport à la religion et de supériorité des normes de l’Etat par rapport à celles religieuses, nous proposons d’élargir la laïcité d’autres critères culturels (critères sociaux, religieux, locaux, régionaux etc.). Cette laïcité culturelle devrait garantir et permettre l’expression de toute spécificité culturelle tant qu’elle s’inscrit en accord avec et dans le cadre de la culture publique. Aucune tradition culturelle ne pourrait être reconnue si elle apparaissait en désaccord avec les principes républicains français inhérents à notre démocratie et à notre Histoire. Les valeurs portées par une culture privée ne peuvent être en contradiction avec celles qui fondent la légitimité de l’ordre démocratique français. Les critères sociaux, spirituels, géographiques ou historiques pourraient être pris en compte afin d’assurer une reconnaissance optimale des spécificités culturelles françaises. Il ne s’agirait ainsi pas d’institutionnalisation des particularismes, mais plutôt de redéfinir le cadre d’expression des cultures privées afin qu’elles ne se superposent pas et complètent la culture communes à tous les citoyens français. Il ne s’agirait pas non plus d’une politique multiculturelle au sens américain du terme, mais plutôt de l’acceptation d’une richesse culturelle française qui s’inscrirait au sein de la culture collective française dans son ensemble. L’avantage d’une laïcité élargie aux critères culturels est aussi d’établir un meilleur dialogue entre pouvoirs locaux et interlocuteurs culturels afin de bien comprendre les besoins sociaux de chaque individu et de continuer leur intégration à travers l’éducation, la mobilité sociale et territoriale.

Des multiples solutions pour un problème aux multiples dimensions

Le décloisonnement de notre société poursuit la volonté d’une justice réelle entre tous les citoyens en prolongement de la justice formelle. Pour cela, les Jeunes Forces Démocrates proposent dans cette optique de réduire les inégalités et de garantir la mobilité sociale de tout individu en relançant la machine éducation. Nous proposons également de reconnecter nos territoires par le bais d’une décentralisation efficace basée sur leurs besoins propres et en assurant la mixité sociale au sein même de nos villes. Enfin, nous nous engageons à repenser la laïcité en tant que « laïcité culturelle » afin de bien délimiter et d’organiser le cadre d’expression culturel privé au sein de notre culture publique collective.

Le Pôle Projet des Jeunes Forces Démocrates


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  • Guilluy C., Fractures Françaises, Paris, François Bourin Editeur, 2010.
  • Dix ans d’évolution des inégalités en France : un bilan, op. cit., 2013.
  • Dix ans d’évolution des inégalités en France : un bilan, op. cit., 2013.