Confrontés au cloisonnement social de notre société, peu de ressorts permettent de relancer la machine intégration sociale. Toute ambition pour remettre en marche cette machine passerait nécessairement par une réflexion autour de l’éducation. En effet, notre système éducatif fait face à de nombreux dysfonctionnements. En premier lieu, les décisions prises ces dernières décennies suivent toutes la même tendance : les décideurs ont systématiquement souhaité placer l’enfant “au centre de l’école”. Derrière ces bonnes intentions s’est concrétisée une politique vectrice d’inégalités : moins de culture générale, moins de stimulation intellectuelle, au profit prétendait-t’on d’un supposé épanouissement individuel. De même, le maintien à tout prix du collège unique a considérablement compliqué la prise en charge des élèves en décrochage scolaire, particulièrement ceux présentant des troubles de l’attention, alors que leur incidence a considérablement augmenté ces dernières années. (1)

Ces dysfonctionnements ont progressivement conduit à un creusement flagrant des inégalités sociales. Plus les études internationales s’accumulent, plus elles démontrent systématiquement que notre pays est l’un des plus inégalitaires en matière d’éducation, et donc socialement. C’est lorsque l’on s’intéresse à ceux qui ont vraiment besoin de l’école que les problèmes commencent réellement à se faire sentir. Comme le montre la dernière étude PISA, il est dit que « le système d’éducation français est plus inégalitaire qu’il ne l’était il y a 9 ans » (2), et ce malgré les nombreux programmes ZEP, ECLAIR etc. qui furent mis en place à coup de grandes campagnes de communication. A propos des politiques d’intégration, le constat est encore plus sévère, puisque « les élèves issus de l’immigration accusent des scores inférieurs de 37 points, soit presque l’équivalent d’une année d’études (contre 21 points en moyenne dans les autres pays de l’OCDE) ». Face ces problèmes, il est urgent de repenser notre système éducatif autour d’une mission d’éducation sociale.

Notre choix de se focaliser en priorité sur l’éducation n’est pas anodin. Dans notre tradition de démocrates sociaux, l’aspiration vers une justice sociale et la réduction des inégalités font partie intégrante de notre doctrine politique. Dans cette optique, l’éducation, et en particulier l’Education Nationale jouent un rôle capital car elle constitue le ciment de notre société actuelle et future. A ce titre, l’école prend une place centrale car elle est le premier facteur de justice sociale et de réduction des inégalités dans le sens où elle garantie à chacun la possibilité d’une ascension sociale. En effet, l’école inculque à chaque individu des valeurs et des codes communs à l’ensemble de la société, mais offre également un savoir commun et la possibilité à chacun de décider et d’agir librement, peu importe son milieu d’origine. C’est pour cela que les Jeunes Forces Démocrates considèrent que l’éducation est le principal levier sur lequel il est impératif d’agir, car son action touchera non seulement un maximum de personnes mais ses conséquences seront les plus durables et profitables.

Dans ce sens, nous proposons ici de repenser notre système éducatif autour de deux axes. Premièrement, prendre le parti pris de proposer une nouvelle vision de l’éducation, une “éducation sociale” qui serait synonyme d’intégration et de mobilité sociale. Deuxièmement, inscrire notre projet éducatif dans une réflexion plus large autour de notre système redistributif pour permettre une réelle justice sociale.

Défendre une nouvelle vision de l’éducation: l’éducation sociale

Vouloir l’éducation sociale, c’est nécessairement être en rupture avec la politique qui est menée depuis de nombreuses années. Il est à noter que le problème n’est pas cantonné à la France, et se révèle plus global. Ainsi, au Canada, Normand Baillargeon, professeur en Sciences de l’Education, a récemment fait parler de lui en écrivant une tribune dans le quotidien “Le Devoir”(3) où il attaque avec virulence les réformes sur l’éducation entreprises dans son pays sous l’inspiration de chercheurs en pédagogie qui forment, d’après lui “un milieu relativement fermé, composé de gens qui restent entre eux et qui disposent néanmoins, avec le ministère, d’un énorme pouvoir sur l’adoption des politiques publiques”. Il enfonce ensuite le clou en dénonçant le fait qu’il existe “au Québec, en éducation, une sorte de cercle fermé s’apparentant à une nomenklatura qui rend extrêmement difficile non seulement l’expression de positions critiques ou dissidentes, mais aussi une sorte d’impartialité informée devant ce qui est avancé.” De manière plus générale, Normand Baillargeon dénonce le manque total de travail scientifique derrière les théories pédagogiques en vogue, et ironise même ; “le succès de la réforme, s’il avait eu lieu, aurait constitué un véritable événement qui aurait amené nombre de chercheurs au fait de la littérature scientifique et philosophique pertinente à se pencher sur ce singulier cas du Québec, qui aurait à leurs yeux été une sorte d’énigme à résoudre. Ce ne fut pas le cas.” Ce problème est également présent en France, et s’est particulièrement manifesté par la réforme des rythmes scolaires où une caste de “scientifiques”, chronobiologistes en tête, ont imposé aux professeurs des écoles et aux élèves une réforme fortement contestée par l’ensemble des acteurs : parents, enseignants, et même élèves. Au delà des conflits politiques, c’est avant tout un conflit de fond sur une question simple : comment enseigner et penser l’école ?

Vouloir une éducation sociale c’est donc s’affranchir des faux débats et s’inspirer d’une étude rigoureuse et honnête du terrain. Il ne s’agit pas d’opposer, comme on a pu le voir ces derniers mois, “républicains” et “modernistes”, mais plutôt de penser l’éducation comme vecteur de cohésion et justice sociale, quelque soient les moyens entrepris, avec pour principal objectif de permettre aux élèves et aux étudiants de s’épanouir dans la société actuelle. Cela suppose (A) un enseignement rigoureux permettant de stimuler les capacités intellectuelles et donc de vivre dans un monde où l’innovation occupe une grande part dans l’économie, mais aussi (B) une initiation à la vie en société, avec une transmission de codes, d’usages et de pratiques sociales qui fondent notre communauté. C’est donc une vision fort différente de celle des “républicaïstes” qui fonde notre projet d’une éducation sociale. Cette volonté d’une éducation sociale s’inscrit par ailleurs dans un corpus de valeurs qui nous est propre qui allie justice sociale et redistribution.

L’éducation au centre de notre système de redistribution

S’agissant de la redistribution, le système français consiste aujourd’hui à redistribuer chaque année la moitié de la richesse nationale créée pour la reverser sous la forme monétaire ou de services publics (santé, éducation logement etc.). Si la France fait partie des pays riches où les inégalités sont les plus faibles avec un coefficient de Gini de 0,29 (4), la situation devient pour autant de plus en plus alarmante. En effet, le creusement des inégalités se fait désormais par le bas, s’expliquant par une baisse des revenus observable. Alors même que notre système redistributif est censé palier ces inégalités, certains de nos leviers principaux semblent aujourd’hui ne plus fonctionner. C’est le cas de notre système éducatif qui devient de plus en plus inégalitaire, et c’est là que réside notre démarche. Nous souhaitons en effet inscrire notre réflexion sur l’éducation dans une réflexion autour des moyens de réduction des inégalités sociaux.

Cette notre volonté de repenser le système éducatif français est double. Premièrement parce que la justice sociale fait partie intégrante de notre ADN politique. En effet, nous souhaitons profondément faire en sorte que les différences matérielles soient au minimum un facteur rédhibitoire de mobilité sociale. C’est en ça que notre système éducatif peut jouer un rôle primordial, car il permet de compenser les handicaps de départ au lieu de les conforter, tout en permettant aux talents de s’exprimer sans que des contraintes financières viennent contrecarrer leurs projets et leurs ambitions. Mais nous souhaitons également repenser le système éducatif français, parce que la répartition des richesses doit pouvoir trouver une réponse dans une société de liberté et d’initiative. Nous devons ainsi réfléchir à la manière dont les richesses nationales doivent être utilisées et c’est pour cela que nous voulons deuxièmement inscrire notre réflexion sur le système éducatif en France dans une démarche de réflexion autour de l’efficacité des services publics en France.

Un projet pour une éducation sociale

Pour les Jeunes Forces Démocrates, repenser notre système éducatif doit se traduire par une nouvelle vision de l’éducation, une “éducation sociale” qui serait synonyme d’intégration et de mobilité sociale mais aussi s’inscrire dans une réflexion plus large autour notre système redistributif pour permettre une réelle justice sociale. L’éducation sociale telle que nous la concevons doit avant tout cibler les élèves en situation de vulnérabilité sociale, notamment les enfants de travailleurs pauvres, de chômeurs ou encore de familles monoparentales. En effet, l’environnement familial constitue un vecteur considérable d’inégalités scolaires, et particulièrement au sein des familles monoparentales (5). Notre République doit venir en aide à ces familles qui subissent de plein fouet le chômage, la précarité ou encore la mise à l’écart de la valeur “éducation nationale”. Ces profonds changements sociétaux n’ont pas été accompagnés d’une réflexion de fond sur les conséquences néfastes de ces évolutions, et c’est pour cela que notre système éducatif et plus généralement nos services publics doivent s’adapter.

Notre République doit donc être plus présente aux côtés de ces enfants issus de milieux défavorisés, en leur proposant un suivi ainsi que des programmes éducatifs mieux répartis dans la semaine, et ce en sus des cours classiques, qui allieront accompagnement, épanouissement et enrichissement intellectuel.

Cibler les inégalités, c’est accepter que notre système éducatif puisse échouer à certains moments, et qu’au lieu de vouloir obstinément tendre vers une perfection impossible à atteindre, pour des coûts trop souvent déraisonnables, il vaille mieux allouer les ressources nécessaires pour offrir un vrai programme de seconde chance à ceux qui ont été laissés de côté par notre système scolaire. Assumer cette réalité, c’est nous donner les moyens de disposer d’écoles de la seconde chance qui seront demain citées en exemple dans le monde. L’éducation n’est pas une dépense, c’est un investissement sur l’avenir pour notre société, c’est un investissement social.

En outre, l’école ne doit en aucun cas négliger l’entrée dans la vie professionnelle. La qualité de nos formations doit donc évoluer, et se baser davantage sur ce qui se fait dans le monde professionnel. L’apprentissage devra être plus fidèle à la réalité et devra s’affranchir de contraintes qui peuvent interférer avec la découverte de métiers (6).

Enfin, nous devrons engager des réformes structurelles sur notre système éducatif, car les enseignants sont parfois trop peu nombreux dans certaines matières, mal payés par rapport à la moyenne des pays développés (7). L’enseignement professionnel doit également offrir plus de places disponibles si l’on souhaite mettre fin à l’hypocrisie de notre système qui fait subir une orientation non-choisie à nombre d’élèves en fin de collège.

Le Pôle Projet des Jeunes Forces Démocrates


 

  1. Ilina Singh, Beyond polemics: science and ethics of ADHD, Nature Neuroscience, 2008
  2. PISA 2012 : faits marquants, OCDE, 2012
  3. http://www.ledevoir.com/societe/education/455378/reforme-de-l-education-aveux-confessions-esperances
  4. http://www.inegalites.fr/spip.php?article1579&id_groupe=20&id_mot=116
  5. L.C., Les familles monoparentales et l’école : un plus grand risque d’échec au collège ?, Éducation & formations, 2012
  6. https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/les-jeunes-de-16-18-ans-ne-peuvent-plus-travailler-sur-un-escabeau-1394470740
  7. http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2014/09/09/en-france-un-professeur-est-mieux-paye-au-lycee-qu-a-l-ecole_4484274_1473688.html