Les politiques économiques qui se succèdent depuis près de quarante ans dans notre pays ont souvent pour point commun d’être marquées par le sceau de l’électoralisme. Les gouvernements successifs, au mieux, naviguent à vue, trahissant à la fois les attentes des électeurs, mais aussi les promesses sociales, formulées en dépit de toute considération budgétaire, ce qui a nourrit un profond rejet de la classe politique. De plus, la procrastination des hommes politiques dans la prise de décisions courageuses renforce le sentiment d’une France déclassée et affaiblie. En effet, les résultats sont sans appel avec un nombre de demandeurs d’emplois très élevé et un déficit autour de 2% de la richesse nationale depuis 30 ans. Les Jeunes Forces Démocrates – UDI souhaitent que la France soit à l’initiative d’une politique économique volontariste, qui puisse être en mesure de créer une dynamique favorable en Europe pour faire d’une économie prospère un outil destiné à réduire les inégalités.

Un monde en pleine turbulence

Après une longue période de domination, les Etats-Unis ne semblent plus en mesure sur le long terme d’assurer le leadership du monde, tout du moins économique. L’économie mondiale tend désormais à s’organiser autour de grands pôles, dans un monde multipolaire. Mais la croissance devient aussi plus faible et instable. En effet, les pays émergents doivent réussir leur transition d’une économie de rattrapage vers un modèle qui s’appuie davantage sur la demande domestique et qui tienne compte de la nécessaire mutation écologique. Les défis posés pour les prochaines années sont donc nombreux, et impliquent la nécessité de favoriser l’innovation et les emplois à forte valeur ajoutée, afin de continuer à rendre notre économie compétitive tout en s’inscrivant dans la mutation globale que va subir l’économie mondiale dans les prochaines années.

Les projections en terme de démographie montrent que la population mondiale devrait continuer à sensiblement croître dans les prochaines décennies. Il vient que le fait que 50 % des richesses soient concentrées dans les mains de 1% de la population ne peut donc pas être durable.  En effet, l’OCDE a démontré que les inégalités sont un frein à la croissance, avec une perte de croissance allant jusqu’à 0.35 point de PIB. Ainsi, les inégalités freinent l’accumulation de capital humain des plus défavorisés, qui investissent moins dans l’éducation de leurs enfants. Or la croissance sur une longue période dépend justement du niveau de qualification de la population active, et la formation initiale en explique une grande partie. C’est encore plus vrai dans les pays en voie de développement car même si la mondialisation a divisé par 3.5 l’extrême pauvreté, en ce qui concerne ces pays où les inégalités restent très élevées, il existe une marge de progression considérable en terme de qualité des systèmes éducatifs.

De plus, le réchauffement climatique et la baisse de l’abondance des matières premières comme le pétrole vont imposer de passer d’un modèle productiviste à une économie décarbonée. A la problématique de l’épuisement des ressources naturelles s’ajoutent les conséquences de leur surexploitation, avec en premier lieu la montée du niveau de la mer, qui va occasionner au moins 250 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050  d’après l’ONU ; c’est un enjeu majeur pour les prochaines années.  L’obligation d’une économie circulaire, où on arrête le gaspillage et privilégie les produits durables  va amener nos industriels à revoir leur modèle économique, probablement sous la pression des consommateurs. Des opportunités aussi importantes que les défis imposés par ce  nouveau modèle de société !

Enfin, Le monde occidental est entré dans une crise politique majeure : la montée des populistes en Amérique et dans toute l’Europe le montre. Elle est la conséquence des effets de la mondialisation et la globalisation financière sur les classes populaires, avec en premier lieu les délocalisations qui font régulièrement la une des journaux. La réaction logique d’une partie de la population se manifeste par un désir repli sur soi et un retour à un hypothétique Etat-nation, pouvant garantir une sécurité économique et identitaire. Face à cette utopie mortifère qui, non sans prôner des chemins réactionnaires potentiellement néfastes pour notre pays, plonge surtout les électeurs dans un songe qui sclérose le débat politique, notre conviction repose sur la nécessité de proposer un nouveau contrat à nos citoyens, qui tienne compte des aspirations des perdants de la mondialisation et qui renouvelle des institutions inadaptées au XXIème siècle. La question des institutions est en effet capitale, car c’est l’une des seules qui permette à la fois d’agir sur le terrain économique mais aussi identitaire.

L’Union européenne à la croisée des chemins

Depuis la création de la zone euro, les performances des pays européens n’ont pas souvent été à la hauteur des ambitions européennes.  Et ce pour une raison simple, la zone euro est dépourvue de toute stratégie économique cohérente, ce qui fait que la diversité en terme de tissu économique des pays de l’union monétaire tend davantage à être un handicap qu’une force. La question des dettes est emblématique de ce vice de conception :  les déficits sont certes revenus autour des 2% de PIB, mais les effets collatéraux sont considérables : de nombreux pays n’ont pas retrouvé leur PIB d’avant-crise, un retard d’investissement évalué à 500 milliards par an. Une politique économique commune ne doit pas se résumer à une addition de règles (comme le déficit devant être inférieur à 3% du pib),  mais à une stratégie pour doper la croissance et l’emploi. Pour être efficace, cette stratégie doit être conforme avec les spécificités de chaque nation, tout en pouvant être appliquée de la même manière par tous les Etats membres. Voilà pourquoi nous plaidons pour un gouvernement économique de la zone euro,  avec un budget et des pouvoirs normatifs. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer que l’hétérogénéité économique d’un ensemble politique n’est pas vouée à constituer un handicap. Ainsi, l’écart de richesse entre les pays de la zone Euro et celui entre les États américains est relativement comparable : l’écart en terme de pib/habitant entre le Luxembourg (77.900$) et la Lituanie (22.600$) est relativement similaire entre l’Alaska (81.801$) et le Mississipi (35.717$). La nécessité d’avoir une stratégie économique commune doit cependant respecter des principes démocratiques, comme aux Etats-Unis. Afin de garantir une représentativité des peuples européens, ce gouvernement économique de la zone euro serait responsable devant un parlement. La gouvernance fédérale permet un contrôle direct des décisions par les représentants des citoyens. Une telle direction pour l’Europe ne serait pas tant une évolution, mais plutôt une clarification, en déléguant des compétences à un organe bien visible et représentatif des aspirations des peuples. A coup sûr, notre projet mettrait donc fin à la gouvernance inter-gouvernementale actuelle, qui favorise les petits arrangements en coulisses et  s’apparente à un déni de démocratie !

Une application concrète de la mise en place d’un gouvernement économique de la zone euro pourrait consister en la résolution d’un vieux serpent de mère européen : une harmonisation des normes pour les nouvelles technologies de communication. D’après une étude McKinsey global, les européens restent à la traîne dans le numérique. Pourtant, ce secteur est sans contexte une des clés de la croissance d’ici 2030, aux côtés de la transition écologique. D’après l’étude, si nous prenons les bonnes décisions, le surplus de PIB est évalué à 400 milliards d’euros par an.  Il y a donc urgence à agir, afin de tirer profit de cette opportunité, d’autant plus que le continent européen devrait être relativement épargné par les crises à venir, liées à la surexploitation des ressources naturelles et à l’exposition des êtres humains à des agents dégradant la santé. Une Europe bien gouvernée pourrait donc rapidement devenir un acteur incontournable dans le monde. A titre d’exemple, avec une harmonisation des règles dans la gestion des données ou des télécoms (marché unique du numérique), qui est attendue aussi bien par les particuliers que par les entreprises du secteur depuis des années, c’est un cadre propice au développement d’entreprises de point qui pourrait s’instaurer en Europe.

La France, en tant que membre fondateur de l’Union, a le devoir d’être à la manœuvre sur ses questions. En effet, du fait de la dynamique démographique qui devrait hisser la France comme première puissance en Europe dans les prochaines décennies, notre pays a un rôle moteur à jouer et, pour ce faire, se doit d’être un modèle de réussite. Cette réussite, ne sera totale que si elle apporte des réponses efficaces aux problématiques qui touchent l’Europe aujourd’hui. La France, par sa position intermédiaire entre le Nord et le Sud de l’Europe, est la mieux armée pour répondre aux aspirations contradictoires de deux grands ensembles de notre continent qui, pour le moment, ont des trajectoires économiques de plus en plus divergentes.

Quel chemin pour la France de 2030 ?

Le message que veulent porter les JFD est donc résolument optimiste, nous disposons en Europe de tous les outils qui peuvent permettre un rebond économique important.  La France est par exemple le premier créateur de start-up en Europe et nous possédons une singularité, avec une société dont les élites, marquées par les valeurs républicaines, acceptent des prélèvements obligatoires significatifs dans un but de redistribution. Cependant, les critiques contre le système d’imposition actuel doivent pousser notre réflexion, en vue de redonner à ces prélèvements une légitimité, avec des dépenses publiques davantage efficientes. Enfin, en dépit d’une densité de population très faible, nos infrastructures en terme de transports permettent à notre tissu économique de garder une vitalité, en dépit des effets de la mondialisation sur les territoires périphériques.

La lisibilité

Comme nous l’avons vu, la fiscalité doit redevenir lisible pour les citoyens, condition indispensable au consentement de l’impôt. Il faut réduire drastiquement le nombre de niches fiscales, qui seront remplacées par des chèques universels sur le modèle des chèques emplois services pour les services à la personne ou par des réductions d’impôts. De nombreuses taxes indirectes seront aussi supprimées, une bonne fiscalité est construite autour d’un nombre réduit d’impôts et de taxes, mais qui ont des taux bas et une assiette large (montant servant à calculer l’impôt). Tout le contraire du système français, qui favorise l’optimisation fiscale pour les plus aisés, au détriment des classes moyennes.

Le fort tropisme français pour le mille-feuille doit être stoppé, afin de mettre fin à la complexité du maillage territorial, du service public de l’emploi, de la recherche, des institutions et de la sécurité sociale.  Pour être efficaces, le droit et les institutions ont une obligation de lisibilité et de transparence.

Fusionnons les départements et les régions en une grande collectivité chargée du développement économique, de l’emploi et des transports, créons un guichet unique en matière d’emploi, regroupant le pôle emploi, les maisons de l’emploi ou les missions locales.

Enfin, une dernière mesure concernerait les seuils sociaux et fiscaux. Aujourd’hui, à partir de 10, 20 ou 50 salariés, un certain nombre d’obligations se déclenche comme le versement transport  ou l’instauration d’un comité CHSCT. Nous permettrons aux entreprises d’avoir une progression davantage linéaire et saine, ce qui  favorisera la croissance de nos petites entreprises. Le déficit de grosses PME, avec une taille critique de plusieurs centaines de salariés , étant une des causes de la désindustrialisation accéléré qu’a subi la France depuis 30 ans.

La responsabilité

Être responsable, c’est arrêter de vivre au-dessus de ses moyens et de ne pas laisser une montagne de dettes à nos enfants. Les comptes publics doivent être équilibrés, au moins le temps de réduire la dette à des niveaux plus raisonnables.

Être responsable, c’est lutter contre la fraude et l’optimisation fiscale. En effet, on ne peut laisser prospérer des comportements qui représentent  60 à 80 milliards de recettes  en moins  chaque année. Il s’agit là d’un impératif de justice sociale ! Pour cette raison, nous soutenons la mise en place d’une assiette commune dans la zone Euro pour l’impôt sur les sociétés, afin de réduire le dumping fiscal de certains pays européens. Enfin, l’échange automatique d’informations fiscales doit être mis en place le plus rapidement possible.

Être responsable, c’est engager la France dans le pari de l’économie décarbonée et circulaire. Augmentons la part des énergies renouvelables à 80% d’ici 2050. Selon ADEME, 800 000 emplois seront créés et les émissions de CO2 divisées par 4.

L’autonomie

Nous sommes pour une allocation universelle de base, octroyée à chaque citoyen français et qui remplacerait l’ensemble des prestations sociales et familiales. Versée dès 18 ans, cette allocation  reconnaît les jeunes comme des citoyens comme les autres, avec les mêmes droits sociaux que l’ensemble de la population. Dans un marché du travail de plus en plus instable, elle permettra d’affronter plus sereinement les transitions professionnelles.

Si le marché du travail est de plus en plus volatil, un paquet de mesures ciblées permettrait de considérablement faciliter les embauches. Outre la suppression des seuils sociaux et fiscaux pour les entreprises que nous avons évoqué précédemment, c’est aussi le cas du contrat de travail unique, conçu comme un contrat à durée indéterminée qui peut être interrompu facilement par les deux parties. Au-delà  d’une plus grande souplesse pour les entreprises, il doit être plus sécurisant pour les employés, avec une notion de carrière qui garantit une continuité après la rupture du contrat, par des formations par exemple. Dans le même temps, le marché du logement doit évoluer, la mobilité étant un enjeu majeur aujourd’hui de la lutte contre la précarité, comme le montre bien le travail du géographe Christophe Guilly. Si on flexibilise le marché du travail, l’accès aux logements doit être facilité afin d’endiguer la précarité.  Les freins réglementaires doivent être revus, la rétention de terrains constructibles combattue et le mille-feuille de l’urbanisme  réduit.

Ce projet que nous portons est destiné à refaire de l’économie un moteur pour réduire les inégalités. Notre vision se veut avant tout cohérente et pragmatique. En effet, pour les prochaines échéances à venir, les Jeunes Forces Démocrates – UDI souhaitent avant tout porter une vision globale et cohérente, bien éloignée de la politique spectacle. Nous pensons que l’heure du travail de fond est venue, et que les français sont prêts à davantage s’impliquer en politique pour prendre le temps de s’intéresser à autre chose que du marketing politique, pourvu que les partis s’intéressent à eux.

Sources :

http://www.mckinsey.com/global-locations/europe-and-middleeast/france/fr/latest-thinking/digital-europe

https://www.oecd.org/fr/els/soc/Focus-Inegalites-et-croissance-2014.pdf

http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/mix-100-enre_evaluation-macro-economique-8891.pdf

http://www.unhcr.org/news/latest/2008/12/493e9bd94/top-unhcr-official-warns-displacement-climate-change.html

Julien Lepotier et Maxime Cruzel,

Pôle projet des Jeunes Forces Démocrates