Le Royaume-Uni va vivre dans les prochaines semaines une (r)évolution majeure de son fonctionnement. Quel que soit le résultat du référendum du 18 septembre prochain sur l’indépendance de l’Ecosse – « oui » et l’indépendance ou « non » et une fédéralisation de fait – le pays changera de visage dans les prochaines années.

La question posée la semaine prochaine est de savoir si l’Ecosse souhaite devenir un Etat indépendant, ce qu’elle n’a plus été depuis l’Acte d’Union de 1707 qui unifia alors les parlements des deux pays, rapprochement initié un siècle plus tôt par l’union personnelle des deux couronnes sous Jacques Ier (V en Ecosse). Cette question est l’aboutissement de décennies d’un mouvement d’autonomisation de l’Ecosse qui, par les lois successives de « devolution », a obtenu petit à petit le pouvoir de gouverner sur un nombre toujours accrus de sujets (économie, éducation…) symbolisé par la création en 1998 d’un parlement autonome et l’élection d’un « First Minister » écossais.

Les derniers sondages, serrés, rendent imprévisible l’issu du scrutin et la classe dirigeante britannique, tous partis confondus, se mobilise – un peu paniquée sans doute – en faisant résolument campagne pour le « No », c’est-à-dire le maintien d’un Royaume uni. D’ailleurs, afin de contrer les velléités indépendantistes écossaises, le Premier ministre David Cameron a promis qu’en cas de vote négatif, Londres s’engage à accorder encore plus de pouvoirs et d’autonomie à l’Ecosse, d’où le fait que même si le non l’emporte, le Royaume-Uni se dirigera de toute façon vers une fédéralisation de ses institutions.

La campagne du non menée par les grands partis (conservateurs, travaillistes et libéraux-démocrates – tous les trois plutôt anglais) s’intitule « Better Together » : mieux ensemble.

Alors que les britanniques militent férocement pour une remise en question des liens actuels entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, voire pour une sortie en bonne et due forme (prônée notamment par le parti nationaliste et populiste UKIP et par certains conservateurs), l’intitulée de leur propre campagne contre l’indépendance écossaise devrait peut-être les faire réfléchir…

La campagne « Better Together » repose sur l’argument fondamental que le Royaume-Uni est plus fort ensemble : l’Ecosse comme l’Angleterre auraient tout à gagner à rester unis car ils peuvent ainsi mutualiser leurs ressources économiques et financières pour faire face aux grands défis de demain (et d’aujourd’hui) tels que la sécurité, la transition énergétique, la croissance économique, le bien-être social, la recherche et l’innovation, etc. En mutualisant les moyens, en partageant à la fois un cap et des outils communs, en s’appuyant sur la solidarité entre les nations du royaume, David Cameron explique que l’Ecosse et le reste du Royaume-Uni feraient mieux de travailler ensemble que de se séparer. Bref, l’union fait la force et vaut mieux que de simples accords de libre-échange, d’union douanière et de marché commun qui uniraient une Ecosse indépendante et l’Angleterre.

Autant d’arguments identiques avancés depuis des années par les fédéralistes européens, Jean Monnet en tête, et autant d’arguments systématiquement piétinés par les britanniques quand on parle d’union de l’Europe, de mutualisation des moyens européens, d’union politique, de solidarité et de cap commun.

La schizophrénie dont fait preuve la classe dirigeante britannique (et une bonne partie des anglais) est donc particulièrement révélatrice d’une chose : le nationalisme primaire fait vraiment dire tout et son contraire !  

 

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