A l’invitation des Jeunes Ecologistes, Olivier Gloaguen est intervenu au nom des Jeunes Forces Démocrates – UDI, le premier juin dernier, à l’occasion d’un débat consacré à la vision qu’ont les différents mouvements politiques jeunes de la transition énergétique. Voici les grandes lignes de la position des JFD. Le détail est disponible dans le document que nous avons réalisé et qui présente notre vision de la transition.

Alors que les scientifiques annoncent  une augmentation possible de la température moyenne de 2°C à 6°C d’ici la fin du siècle et que les symptômes du réchauffement climatique sont déjà visibles (recul généralisé des glaciers et de la banquise polaire, montée régulière du niveau de la mer,  multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes et des épisodes de canicule…), il est plus que jamais urgent de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Cela passe par des efforts importants à réaliser pour engager la France et l’Europe dans une transition énergétique.

Urgence d’agir!

Pour les JFD, la lutte contre le changement climatique et la réalisation de la transition énergétique doit être la politique fondamentale des prochaines décennies, mais elle n’a pas à être opposée aux autres politiques sociales, économiques, fiscales… Elle doit, au contraire, les imprégner toutes, être en filigrane de toutes les grandes orientations politiques.

Les récents travaux de l’OCDE montrent que le coût de l’inaction serait beaucoup plus élevé que celui d’agir pour lutter contre le changement climatique, de s’y préparer. En fait, nous serons forcés (du fait du changement climatique, de la raréfaction des énergies) de conduire cette transition énergétique. La vraie question est plutôt de savoir si on l’organise, ou si on la subit. La transition énergétique est moralement nécessaire pour réduire autant que possible l’ampleur du réchauffement climatique et son impact pour les générations futures. Mais il constitue aussi une source de nombreuses opportunités et un levier pour l’économie, si les bons choix sont pris, si une politique cohérente, stable et prévisible est mise en œuvre: emplois non délocalisables, création de filières d’excellence technologique (énergies marines renouvelables biomasse en s’appuyant sur nos agriculteurs, carburant issus des algues), entrepreneuriat pour les jeunes (création de technologies vertes, de services et solutions innovantes).

La transition énergétique doit être réalisée en limitant autant que possible son coût pour la société, et en particulier pour les consommateurs les plus pauvres et les plus fragiles, ainsi qu’en garantissant toujours un haut niveau de sécurité énergétique pour notre pays. C’est pour cela que nous considérons que dans un premier temps, la transition ne se réalisera pas dans le choix, potentiellement dogmatique, d’une source d’énergie d’un seul type, mais dans un mix équilibré et diversifié de solutions bas carbone.

Un mix diversifié de solutions bas carbone 

Il est clair que cette transition nous impose de réduire notre dépendance aux énergies fossiles (charbon, gaz). Même si nous soutenons la poursuite de la R&D sur les technologies de capture et stockage du carbone (CSC), ainsi que sur les technologies d’extraction des gaz de schiste, toujours dans le but de ne fermer aucune porte de sortie, nous nous opposons à l’exploitation de ces gaz . Les JFD considèrent qu’il faut transformer notre mix énergétique pour réduire progressivement notre dépendance à l’énergie nucléaire et, a terme, sortir du nucléaire. Toutefois, l’objet de la transition énergétique est avant tout de réduire nos émissions de GES, et force est de constater que du fait de sont parc électronucléaire, la France dispose d’une électricité déjà aussi décarbonée que  ce que prévoit l’Allemagne en 2050. Remarquons également que rien que pour réduire la part du nucléaire à 50% en 2030, il nous faudra construire nouveaux réacteurs EPR dans les prochaines années. Il nous paraît donc pas raisonnable de vouloir à tout prix sortir du nucléaire à court ou moyen terme. Cependant, le nucléaire ne peut se maintenir que si une priorité absolue est donnée à la sûreté, tout en recherchant durabilité, compétitivité et transparence. L’industrie nucléaire se doit d’être irréprochable.

Le développement des sources d’énergies renouvelables doit être incontournable et prendre une place fondamentale dans le mix énergétique français, tant pour la production locale et micro (solaire thermique, PV, géothermie, biomasse, pompes a chaleur) que centralisée : off shore éolien. Par contre, en raison de leur intermittence, ces énergies ne pourront constituer à eux seule totalement une production d’électricité de base, sans investissements massifs et conséquents pour bâtir un nouveau réseau électrique (densification, réseau intelligent…), ni sans revoir fondamentalement la façon dont on consomme l’énergie. Rappelons qu’un système fortement intermittent doit être calibré comme une Porsche pour assurer les services d’une Twingo et qu’une éolienne produit en général au niveau du quart de sa puissance installée. De plus, les énergies renouvelables peuvent signifier un nouveau type de dépendance : celui aux terres rares. Enfin, il est fondamental que les politiques et mécanismes de soutien soient clairs, durables et prévisibles sur un temps suffisamment long, ce qui est crucial pour les investisseurs.

Des efforts surtout sur  la sobriété et efficacité énergétique

Pour les JFD, au delà de la transformation du mix énergétique, ce sont la sobriété et efficacité énergétique qui doivent devenir les deux priorités de tout nouveau système énergétique : consommer mieux ! Ces priorités doivent peser sur toute décision politique. Il faut pour cela mobiliser l’innovation et favoriser les initiatives locales. Il s’agit de réduire encore davantage l’intensité énergétique, le contenu carbone de notre économie, de changer nos modes de vie, de réduire le gaspillage d’énergie… Les efforts doivent passer en priorité sur le financement de la rénovation thermique des logements. Au delà de la baisse de la consommation énergétique, ces rénovations ont également un fort levier social et économique : rénovation urbaine, lutte contre précarité énergétique, réduire els inégalités sociales, emplois non délocalisables…

Rien ne peut se faire sans les citoyens : la transition est avant tout changement des comportements et des habitudes et l’éducation est la clef. Les JFD proposent d’ailleurs de revoir l’enseignement du changement climatique dans le secondaire, enseignement qui est actuellement très morcelé. L’Union européenne sera l’autre niveau d’action clef, le seul niveau capable de permettre la mutualisation des efforts (R&D) et de peser au niveau international (négociation climat). Nous appelons à la mise en place d’une fiscalité écologique d’envergure au niveau européen, associée à une taxe carbone aux frontières de l’Union pour protéger la compétitivité de nos entreprises de la compétition déloyale.

Changer de comportement ne veut pas dire vivre moins bien, mais consommer différemment. Rappelons que malgré la réduction des émissions de CO2 en Europe, notre empreinte carbone des a augmenté sur les dernières décennies : nous délocalisation nos émissions (c’est a dire la production) hors d’Europe. Ce changement de comportement, c’est favoriser le produit local, le produit européen, les circuits courts, le recyclage, l’économie circulaire… Decarbonner les transports est aussi crucial dans transition énergétique : changement des comportements, développement des voitures électriques, partage et  location, train…

Il faut une vision de long terme, un consensus au delà des clivages politiques

Une politique énergétique impose obligatoirement une vision sur le long terme. Les constantes de temps des infrastructures énergétiques sont longues : toute décision prise aujourd’hui aura des conséquences à long terme. Une centrale de production d’électricité peut avoir une durée de vie de 40 à 60 ans. En France, le renouvellement de l’habitat, premier poste de consommation d’énergie, prend environ un siècle.

La mise en œuvre d’une politique énergétique est rendue difficile par la vision court-terme des mandats politiques et des marchés financiers aux exigences de rentabilité rapide, constituant un frein au déploiement de systèmes énergétique demandeurs en capital (coûts d’investissement élevés). Il est donc important de concevoir et mettre en œuvre une politique énergétique sur le long terme, stable dans la durée, prévisible, claires et faisant l’objet d’un consensus politique. Cette politique doit impliquer un ensemble cohérent de solutions formant un mix énergétique équilibré. Les choix doivent être davantage pragmatiques que dogmatiques.

Sans accord mondial, point de salut!

Enfin, si la France et l’Europe sont les seuls a agir, cela ne sert a rien. Car la hausse de la concentration de CO2 dans l’atmosphère est un problème mondial. Si au prix d’efforts importants, on arrive à ne pas consommer de l’énergie et que la Chine, elle, consomme de son coté cette même énergie, le bilan pour la planète est nul ! C’est pourquoi les négociations de 2015 seront cruciales, il faut absolument que la communauté internationale arrive à un accord et l’Europe doit arriver unie pour peser.

Lors de ce débat, il a été  rassurant de constater que nous, les jeunes, avons tous bien conscience de l’importance de l’enjeu climatique et énergétique ainsi que de l’urgence d’agir. Rassurant aussi de voir que, au-delà des clivages politiques, nous partageons finalement beaucoup sur les façons d’agir: implication et éducation des citoyens, réduction de la consommation d’énergie, plus d’efficacité, plus de renouvelables, importance de porter une attention particulière sur la lutte contre la précarité énergétique, décentralisation des solutions, importance d’une Europe forte, et enfin, le rôle clef que nous jouerons, nous les jeunes, pour inventer et être les entrepreneurs de cette transition.

 Pole Réflexion
Jeunes Forces Démocrates

Pour en savoir plus

Site du Débat national sur la transition energetique
Article du Monde sur le débat du 1er juin
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Notre document sur la transition energetique:

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