L’élection de Trump est sans aucun doute un drame pour les États-Unis, et plus largement pour le monde occidental.

Pour autant, s’apitoyer sur ce résultat serait contre-productif, et se refuser à comprendre les ressorts profonds qui ont motivé ce vote reviendrait à capituler face à « la droite populiste ». Car Trump n’est pas un cas isolé, loin de là. Croire qu’il ne s’agit là que d’un candidat sans fondement politique, c’est également se tromper.

Il s’agit là d’une réaction face au système, celui de la société occidentale, de la société libérale.  Face à cela, refuser d’écouter et de comprendre cette critique reviendrait à abandonner la victoire à ce camp. Pour cela, nous nous devons d’effectuer un retour culturel.

Trump un candidat populiste ? Non, un candidat en opposition avec le système !

Peut-on encore réellement parler de populisme pour le cas Trump lorsque l’on observe que cette pratique politique n’est pas l’apanage des États-Unis et qu’elle pullule depuis bien longtemps dans les sociétés occidentales d’Europe et d’Amérique ?

Il semble en effet bien simpliste de qualifier Trump de populiste sachant que la notion même de populisme est complexe et ne renvoie pas tant à une idéologie qu’à une manière de faire de la politique. Selon Ernesto Laclau, on pourrait essayer résumer brièvement le populisme par l’art d’unifier une pluralité d’antagonismes et de demandes politiques en une même offre. C’est d’ailleurs pour cela que le populisme est généralement très localisé, dans le temps comme dans l’espace (populisme russe et américain du XIXème siècle, sud-américain du XXème, populisme européen contemporain, etc.). Le populisme est donc avant tout au service du message, mais n’est pas le message en lui-même.

Or face à un mouvement existant en Occident depuis les années 1990, s’étant développé géographiquement et électoralement, il semble légitime de se demander si le terme de « populisme de droite » est toujours pertinent. En effet, ce courant ne pourrait être réduit à une simple attitude mais s’appuie au contraire sur de réels fondements politiques. Car peu importe le pays, ce courant dispose bien d’une caractéristique commune : la critique du système. Oui, mais lequel ?

Le ressort des Trump et consorts : la critique de la société libérale

On a trop souvent eu tendance à résumer la critique du système par une critique des représentants du système : les partis, les médias, l’administration, bref, « les élites ». Jamais pourtant ne s’est posée la question de savoir si le problème ne venait pas du système en lui-même, plutôt que de ses émanations.

Les divers commentateurs et analystes qui ont étudié ce « populisme de droite » se sont en effet régulièrement arrêtés aux mots, parfois à leurs sens, sans jamais comprendre l’esprit de cette contestation. On a généralement eu tendance à réduire sur le volet économique le « populisme de droite » à un courant protectionniste et sur le plan culturel à un courant xénophobe, intolérant, voire raciste. Il ne s’agit pas tant d’une fermeture sur le monde et sur l’autre, que d’une rupture.

Il s’agit d’une rupture avec un modèle de société promu depuis quarante ans, celui de la société libérale. Qui l’a promu ? Une certaine droite et une certaine gauche, les libéraux en somme. Ceux qui ont pensé que de la même manière qu’en économie, l’individu sur le plan culturel devrait agir indépendamment de tout héritage social ou historique. Libéralisme et libéralisme culturel ne sont que les deux faces d’une même pièce. Comme si l’individu ne devait être soumis à aucune force supérieure que son propre intérêt, occultant ainsi tout intérêt général. Comme si l’atomisation de la société allait le rendre plus solidaire et plus tolérant.

Et c’est justement face à cette atomisation de la société que la « droite populiste » réagit. Pour autant, leur alternative n’est pas la solution.

Pour combattre la « droite populiste », l’urgence d’un retour culturel

Effectuer un retour culturel, ce n’est pas vénérer le fantasme d’une société assimilationniste ou d’une communauté uniforme. Ce n’est pas non plus se mettre en simple opposition avec le modèle de société dominant, comme le fait actuellement ce mouvement contestataire. Ce n’est pas reproduire les idées et des les actes de la « droite populiste ».

Effectuer un retour culturel, c’est, sur le plan économique, rebâtir un modèle de société qui crée de réelles et de nouvelles solidarités, qui oeuvre avant tout pour le bien commun. Sur le plan culturel, c’est se replonger dans le roman national, assumer un certain héritage et en tirer les valeurs centrales pour les appliquer à notre société afin que celle-ci redevienne communauté.

Effectuer ce retour culturel, c’est faire en sorte que la communauté nationale définisse avant tout l’individu, sans l’effacer, sans l’annihiler. C’est en finir avec la conception actuelle et abstraite de l’individu désinséré, décontextualisé dont les comportements seraient librement dictés par son envie, sans aucune morale supérieure, sans histoire et sans horizon. Le retour culturel, c’est en finir avec l’individualisme pour revenir avec ce qui fait commun.

Alexandre Misplon

Secrétaire général des Jeunes Force Démocrates – UDI